Il n’y a nul doute que c’est Abdelaziz Bouteflika qui a favorisé le salafisme et l’a laissé se ramifier comme jamais, depuis l’indépendance de l’Algérie. La libération en masse des prisonniers salafistes dans le cadre de la réconciliation nationale fait partie intégrante de la stratégie bouteflikiste pour renforcer drastiquement son pouvoir et affaiblir significativement celui de l’institution militaire.

Il faut savoir que contrairement au FIS, une dérivée des frères musulmans égyptiens, le mouvement Rachad, le pendant de l’international salafiste sous l’égide de l’Arabie Saoudite, les USA et l’international sioniste, ne vote pas, car pour lui la démocratie est KOFR, il ferme les yeux sur la corruption, car pour lui c’est Dieu qui s’en chargera. Autrement dit Rachad n’a pas d’expression ni d’ambition politiques à COURT TERME, mais bien une expression sociétale religieuse très marquée.

Une autre différence notable, c’est que le FIS a une présence physique et visible en Algérie, mais si Rachad n’est pas présent physiquement, sa main invisible travaille en profondeur et dans la durée. Dit très vite, le FIS sert de plateforme à Rachad et pas l’inverse.

Le FIS et sa tendance la plus pacifique admise par le pouvoir et incarnée par Mahfoud Nahnah puis abderrazak Mokri et Azzedine Bengrina, aspirent à partager le pouvoir politique avec la configuration existante. A contrario, les salafistes par définition prônent la purification en profondeur de la société et des “âmes égarée”, qui selon eux seront absoutes par la loi divine.

N’avons – nous pas souvent entendu les leaders de Rachad notamment Mourad DHINA, Mohamed Larbi ZITOUT, Nazim TALEB, Noureddine MAKHIOUBA, affirmer qu’ils ne sont pas intéressés par la prise du pouvoir ( à entendre: tel qu’il se présente actuellement, mais ils ambitionnent d’exterminer ses détenteurs et n’absoudre de leurs péchés que ceux qui les suivront ) !

Ils sont passés à la vitesse supérieure depuis le 22 février 2019, en renforçant les messages subliminaux qui ont abouti à l’expression « Yatnahaw Ga3 », qu’ils partent tous d’abord, puis on bâtira l’état civil, sans jamais définir leur vague notion du mot CIVIL, qu’ils opposent machiavéliquement à la notion du mot MILITAIRE.

Ce qui est certain c’est que si Abdelmadjid TEBBOUNE échoue à calmer la rue en répondant à ses revendications, il sera obligé d’allier la variable salafiste, très difficile à gérer voire impossible à contenir par les pouvoirs décisionnaire et institutionnel, puisque rappelons-le, l’international salafiste, est une idéologie totalitaire.

Le mouvement salafiste Rachad est la plus grosse menace à laquelle seront confrontées les autorités algériennes durant les 5 prochaines années, car le pilier idéologique le plus dangereux de l’international salafiste est sa stratégie d’investissement LONGTERMISTE.

Le mouvement Rachad a réussi à pénétrer au sein même de l’Armée algérienne par l’endoctrinement d’un nombre impressionnant de jeunes soldats ainsi qu’une cohorte d’officiers. Ce mouvement s’est imposé en catimini dans le système éducatif depuis l’école primaire jusqu’aux universités.

Rachad, chose contre nature de prime à bord, est le premier mouvement religieux extrémiste à avoir réussi à rallier à sa cause, les plus farouches opposants laïques et démocrates. Et au-delà du discours lisse, la pléthore des moyens financiers et audiovisuels, les leaders de Rachad, au risque de choquer leur base, n’ont aucun souci à affirmer PUBLIQUEMENT et à qui veut l’entendre, qu’ils ne sont pas islamistes et ce, pour se démarquer des frères musulmans et du FIS, à juste titre car l’islamisme est politique mais le salafisme est idéologique. Ils n’ont aucun souci aussi à le prouver PUBLIQUEMENT, en sirotant une bière dans les terrasses de Paris, ou encore en PUBLIANT sur les réseaux sociaux des photos de leurs filles ou épouses sans HIJAB.

Aujourd’hui le pouvoir hybride en Algérie (semi-militaire, semi-civil) peut se targuer de dire qu’il a réussi sur le plan institutionnel, mais sur le plan idéologique qu’a-t ’il à offrir au Hirak pour barrer la route au salafisme galopant ?
LH.