En Algérie, des journalistes continuent aujourd’hui d’être persécutés, emprisonnés, voire tués. Depuis la désignation d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Etat en 1999, l’Algérie rime avec l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes. S’ils ne sont pas supprimés physiquement comme notre confrère Mohamed Tamalt, tué le 10 décembre 2016 pour avoir critiqué Bouteflika et le sérail, les journalistes algériens sont tués professionnellement ou poussés à l’exil. Certains, pour nourrir leur famille, cèdent aux intimidations et aux menaces, et se laissent corrompre.

Faisant visiblement allusion à la détérioration de la liberté d’expression dans certains pays du Maghreb partenaires de l’Union européenne et à leur tête l’Algérie, la haute représente de l’Union européenne, Federica Mogherini dira hier lors d’une déclaration au Conseil de l’UE à Bruxelles : « S’en prendre aux journalistes revient à s’en prendre à la démocratie et aux sociétés pluralistes. L’information a un prix : des journalistes continuent aujourd’hui d’être persécutés, emprisonnés, voire tués. »

Les journalistes, un formidable contre-pouvoir  

L’Union européenne salue le travail accompli par les journalistes en révélant les abus de pouvoir, en mettant en lumière la corruption et les violations des droits de l’homme et en remettant en question les idées reçues, en s’exposant souvent aux intimidations et à la violence et en mettant leur vie en péril. Des médias libres et indépendants sont le fondement d’une démocratie participative et pluraliste et peuvent être utilisés pour faire en sorte que les pouvoirs publics soient tenus de rendre compte de leurs actes. », Soulignera Federica Mogherini, haute représentante de l’UE.

Laisser impuni tout crime de la sorte constitue une grave atteinte à la démocratie et aux droits fondamentaux, tels que la liberté d’expression.

« Nous condamnons dans les termes les plus vifs les assassinats et les actes de violence, d’intimidation et de harcèlement perpétrés contre des journalistes et d’autres acteurs des médias. Nous attendons des pouvoirs publics qu’ils respectent leurs obligations internationales en protégeant les journalistes face aux intimidations, aux menaces et à la violence, qu’elle soit de nature gouvernementale, judiciaire, religieuse, économique ou criminelle. Toute allégation d’exécution extrajudiciaire, de mauvais traitements, de menaces ou d’attaques visant des journalistes et émanant d’acteurs étatiques ou non étatiques doit rapidement donner lieu à une enquête efficace et indépendante, en vue de poursuivre les auteurs de tels crimes et de les traduire en justice. Le fait de laisser impuni tout crime de la sorte constitue une grave atteinte à la démocratie et aux droits fondamentaux, tels que la liberté d’expression. » Conclura Federica Mogherini.

Un journaliste par semaine est tué de par le monde !

Il faut rappeler que c’est lors de sa 68ème session, en 2013, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté la Résolution A/RES/68/163 (link is external), qui proclame le 2 novembre « Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes ». Cette résolution a exhorté les Etats Membres à mettre en place des mesures précises afin de lutter contre l’actuelle culture d’impunité.

Au cours de la dernière décennie, plus de 800 journalistes ont été tués pour avoir voulu couvrir des évènements et informer le public : en moyenne, c’est une mort par semaine. Dans neuf cas sur dix, les meurtriers restent impunis. L’impunité entraîne un plus grand nombre d’assassinats et représente souvent un facteur d’aggravation de conflit et d’effondrement des systèmes de droit et de justice

Lila Haddad.