Le projet de consacrer une émission de télévision en français sur la chaîne du FIS remonte à 4 ans. Al Magharibya bouclant à peine sa première année, Layla Haddad, journaliste, prend contact avec Salim Salhi son ancien confrère, devenu entre-temps le rédacteur en chef et le présentateur vedette de la jeune chaîne de télévision maghrébine, pour lui souffler l’idée de lancer une ou plusieurs émissions de télévision en langue française dédiées aux jeunes téléspectateurs francophones. A ce moment-là, elle ne savait pas que la ligne éditoriale de la chaîne était clairement FISISTE. Il ne restait plus à Salim Salhi que de séduire à son tour le patron de la chaîne pour mettre en pratique la démarche de la journaliste. Cette dernière était loin de se douter que la nouvelle recrue n’allait pas être un jeune journaliste mais un mastodonte d’un autre âge et d’une autre époque. Un personnage chargé de haine, tel un serpent prêt à mordre, prêt à étouffer ses proies nombreuses sur le sol algérien.
Djamel Benchenouf, un You tubeur exilé à Lyon depuis peu, enregistrait de manière régulière des vidéos en créole, (un mélange d’arabe algérien et de français), au travers desquelles, il réglait ses comptes avec le régime des généraux algériens. Mais une fois sur Al Magharibya, tout le monde était surpris en écoutant l’homme manier aussi bien la langue de molière, quand bien même son forçage sur le « R » limite kh خ provoque une salivation excessive à en remplir une bouteille durant chaque très longue introduction ! (car il faut le dire, parfois son introduction est plus longue que l’ensemble du temps consacré aux intervenants.)

Il a tapé à l’œil d’Abassi Madani et son fils. Il est engagé finalement par Al Magharibya pour faire l’apologie du FIS en français avec une méthode très terre à terre qui consiste à broyer tout ce qui porte l’uniforme, « les généraux sanguinaires, corrompus, criminels », ceux qui selon Abassi Madani sont les responsables du massacre de près de 150.000 algériens. D’après des natifs de Batna, la ville natale de Benchenouf, ce dernier voue une haine sans partage aux généraux de sa région, Nezzar en tête. Bref, mieux que Benchenouf pour hurler ses valeurs démocratiques et son pacifisme au FIS, ça n’existe pas !

Pour le retraité qui ne savait plus quoi faire de ses longues journées, c’était une aubaine! Il était prêt à faire le job gratuitement. Au bout du compte, il recevra 1400 euros par mois et une modeste chambre d’hôtel à Londres. Il ne jurera plus que par le FIS, en devenant un farouche défenseur d’Abassi Madani et d’Ali Benhadj, il troquera sa bonne bière contre un chapelet et sa cravate contre une Jélaba. Il ne ratera plus aucune prière ou presque. En tout cas pas celles qui ont lieu la journée durant ses heures prestées au siège d’Al Magharibya. Pour les autres, El fajr ou El Îcha, Dieu seul sait s’il s’en acquitte ou pas.

Le temps passant, ses deux émissions « Sur le Vif du sujet » et « Top trois », du pareil au même, puisqu’on ne les distingue que par l’intitulé, ont vite monté en audimat. Ses invités sont pour la plupart des opposants laïques, des algériens issus de l’ancienne bonne école francophone, des déçus du régime en place, ceux qui lisent d’autres livres que celui du FIS, ainsi que, quelques rares intellectuels islamistes francophones comme Brahim Younessi, le Tarik Ramadan national !

Pour beaucoup d’Algériens, Al Magharibya utilise Benchenouf pour faire la propagande d’un hypothétique retour du FIS, ses mérites, ses points forts et tutti frutti. Son rôle à lui, étant de souiller davantage le régime dictatorial d’Alger, de pousser à la révolte, d’inculquer l’idéologie islamiste en faisant passer le FIS pour blanc immaculé, sans tache, vierge, chaste… Djamel Benchenouf, deviendra l’avocat chevronné du diable, il va établir l’innocence du FIS. Il va démontrer au monde entier (car on lui a fait croire qu’il était suivi même par les décideurs et les services de renseignements français), il va démontrer de manière docte et pédante qu’Abassi Madani et Ali Benhadj sont exempts de toute malignité, qu’ils sont d’une ingénuité à faire pâlir les juges et les procureurs. Qu’ils sont plus innocents que l’innocence elle-même !

Il faut signaler que das sa vraie vie, l’homme est aussi loin de l’idéologie islamiste que l’est le ciel de la terre, mais, car il y a un MAIS, pour rester sous les feux de la rampe (il y a vraiment pris goût), et au-delà d’un poste que beaucoup de gens lui envient, il devra sacrifier ce en quoi il croyait, ses principes, ses valeurs, son hygiène de vie, il va tourner sa veste comme disent les Algériens.

Ces islamistes, ces pestiférés ont – ils eu raison de lui ? Pas si sûr !

Aujourd’hui Djamel Benchenouf crève l’écran d’Al Magharibya, il a pris confiance en lui et en les responsables du FIS à telle enseigne qu’il oublie de plus en plus souvent de reprendre un invité qui a osé médire le FIS. Car il faut oser médire le FIS pour un laïque, moderniste, anti –islamiste et anti régime dictatorial sur la chaîne d’Oussama Abassi ! Certains y arrivent mais avec tact, ce qui est, au fond, loin de déplaire à l’animateur.

Il faut dire qu’il a réussi à damer le pion à son employeur, il a transformé Al Magharibya en dame en la surpassant. Ce n’est plus elle qui l’utilise mais c’est lui. Ce ne sont plus ses invités qui sont utilisés pour dorer le blason au FIS mais c’est eux qui utilisent Al Magharibya pour communiquer avec les Algériens épris de modernité, de démocratie en ratissant large pour inciter les islamistes francophones en herbe de les rejoindre.
Au lieu de se convertir au FIS, les intervenants démocrates ont converti les fisistes à la laïcité avec la complicité subliminale de Djamel Benchenouf et aux frais de la Princesse!

Al Magharibya qui a perdu beaucoup d’audience ces deux dernières années par la faute du rendu médiocre de ses programmes, elle est devenue malgré elle, un outil de propagande des valeurs modernistes, laïques, démocratiques et Djamel Benchenouf a réussi malgré lui, là où la myriade de ses collègues arabophones a subi un cuisant échec. La plupart des journalistes arabophones font usage du principe de vases communicants. Ils sont à la fois animateurs, invités et analystes dans leurs propres émissions. La redondance des sujets, la similitude des contenus des émissions qui ne se distinguent que par leurs intitulés, ont fini par lasser le téléspectateur qui se rabat désormais sur d’autres canaux d’information. Merci Djamel ! Encore votre « pendant » ou votre  » clone »  en arabe sur Al Magharibya et la transition vers une Algérie démocratique moderne et laïque sera assurée!
CNP NEWS.