Du tri des poubelles, à la vente du pain au bord des routes, en passant par le ménage à domicile,  l’entretien des piscines, l’arrosage des jardins, tels sont quelques nouveaux métiers auxquels sont contraints les enfants déscolarisés à l’aune des 17 ans de bouteflikisme.

Le 4 septembre prochain, ça sera rentrée scolaire pour les uns, retour à la corvée pour les autres. Amine, Hamza, Karim, Soumaya, âgés entre 10 et 13 ans, ne prendront pas le chemin de l’école, ils doivent subvenir aux besoins de leurs familles respectives, des familles qui n’ont plus d’argent pour assurer à leurs enfants le financement de leurs études. Ces enfants – là comme des centaines de milliers d’autres en Algérie, se voient contraints « au noir » à des métiers d’un autre temps, d’une autre époque. A la merci des nouveaux riches, des filles et des garçons à tout faire, récurer, balayer, repasser, porter les courses, laver les voitures, nettoyer les piscines flambant neuf, arroser les jardins à perte de vue…Et  parfois à leur corps défendant, ils subissent des maltraitances physiques et psychologiques. L’abus sexuel des mineurs chez les parvenus est monnaie courante mais chut.., c’est tabou, on en parle pas. N’est-ce pas une nation qui abime ses enfants est une nation qui va vers un abîme ?

La Convention relative aux droits de l’enfant ratifiée pourtant par l’Algérie ne sert pas à grand – chose, au vu de la situation désastreuse des enfants algériens. Selon le dernier rapport de l’UNICEF et sur base des chiffres confiés par les autorités algériennes, le taux net de scolarisation à l’éducation primaire en Algérie est de 98% pour les garçons et de 97% pour les filles. Au niveau du moyen et du secondaire, le taux net de scolarisation est de 57 % pour les garçons et 65 % pour les filles. Ces chiffres sont contestés par les experts.

Il est clair que la réalité est tout autre si l’on croit des jeunes chercheurs du CREAD (centre algérien d’études et de recherches en économie appliquée pour le développement) qui avancent des taux bien en deçà par rapport aux chiffres officiels. Les chercheurs se sont attelés à mener une enquête de 5 ans tant qualitative que quantitative sur la situation de l’école de la république.  « Quand nous avons présenté les résultats de nos recherches à la direction du CREAD, on nous a fait comprendre que nos travaux sont impubliables », affirme Nacer-eddine H, aujourd’hui expert dans l’une des agences des Nations Unis» et d’ajouter « c’est très frustrant de voir un travail de plusieurs années finir dans une poubelle ».

Si les travaux de recherche de Nacer-eddine H et ses collègues ont été jetés dans une poubelle, le travail des enfants qui ont déserté les bancs d’école, a pris une ampleur dramatique. Pour le savoir, il suffit de se rendre aux marchés, arpenter les trottoirs des grandes villes, visiter des décharges publiques, pour se rendre compte que des enfants, en âge d’aller à l’école, vaquent à des travaux pénibles et humiliants sans que cela n’inquiète outre mesure le pouvoir en place.

Dès 1999 et directement après l’instauration d’un capitalisme sauvage qui se résume à « l’import/import » du surplus et des invendus de l’Europe et de la camelote de la Chine notamment, le phénomène du travail des enfants a pris des dimensions alarmantes. Un nombre sans cesse croissant d’enfants qui investissent des espaces et des lieux indignes d’un pays aux ressources que le monde entier lui envie.

Rien ni personne est en mesure de freiner le rythme de progression du travail des enfants. Cette incapacité comme tout le reste, est due à un système politico-économique voulu par le régime de Bouteflika pour affamer, assoiffer et humilier les Algériens réduits à la précarité qui concerne aujourd’hui plus de la moitié de la population.

Les observateurs algériens comme étrangers scrutent la situation qui prévaut en Algérie, ils savent que les signes avant-coureurs ne trompent jamais, ils présagent que quelque chose va arriver prochainement sans doute la fin d’une époque.

Assia H.