En 2030, l’Algérie aura utilisé toute l’énergie qu’elle extrait et deviendrait une importatrice nette de l’énergie. C’est du moins ce que prédisent des études menées par l’E3G, une organisation européenne indépendante spécialisée en diplomatie climatique et en politique d’Energie. Cette information n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd, l’Union européenne qui s’efforce de réduire sa dépendance vis-à-vis du gaz russe, pense alors à l’Iran et à l’Irak pour une coopération à plus long terme.

L’Algérie sera-t-elle mise sur la touche pour autant ?

Loin s’en faut ! Le projet d’Union de l’énergie prévoit que l’Union européenne transforme des dictatures et autres régimes discutables en partenaires commerciaux majeurs. L’Algérie, la Turquie et d’autres fournisseurs potentiels du Moyen-Orient et d’Afrique font partie de la liste rendue publique dans un communiqué de la Commission européenne sur le projet de l’Union de l’énergie.

Cette idée a cependant été tournée en dérision par certains détracteurs, vu l’instabilité de la situation dans nombre de ces pays, où agissent des groupes terroristes, comme Daech, et où des guerres sévissent, comme en Irak et en Libye notamment. Lors d’une déclaration du vice-président de la Commission chargé de l’Union de l’énergie, il a assuré que les nouveaux contrats de livraison de gaz ne profiteraient pas aux dictatures. Selon lui, des négociations progressives avec l’Algérie singulièrement permettront au contraire de faire progresser les droits de l’Homme.

Entre les Droits de l’Homme et sa boulimie en gaz, le cœur de l’Union européenne balance !

Estomaquée, Iverna McGowan d’Amnesty International s’indigne : « En coopérant avec ces pays, sans condamner publiquement leurs violations des droits de l’Homme, l’UE donne pratiquement son feu vert à ces violations » Les autorités algériennes, souligne Amnesty International, limitent de plus en plus la liberté d’expression, de réunion et de rassemblement pacifique. Des discriminations à l’égard des femmes subsistent dans les lois et dans la pratique, et elles demeurent mal protégées contre la violence, malgré des propositions de réformes législatives. Et d’ajouter : « L’impunité dont jouissent les auteurs de violations massives des droits de l’Homme dans les années 1990 et des nombreux cas de torture dans les années qui ont suivi est intacte ».

Il faut dire qu’à cause de la guerre civile et de la présence de groupes terroristes en Libye, pays voisin, la capacité de l’Algérie à fournir du pétrole et du gaz est contestable. En ce sens, Food and water Europe a écrit l’année passée à des diplomates européens et à la Commission européenne en les avertissant qu’il était très peu probable que « la situation en Algérie et la Libye se stabilise suffisamment dans le court et moyen terme pour que de nouvelles explorations débutent. D’autant plus que les installations pétrolières et gazières sont l’objet d’attaques terroristes. » Il faut rappeler qu’en janvier 2013, 39 étrangers travaillant dans des gisements gaziers ont été tués dans une installation gazière algérienne près de la frontière libyenne.

Par ailleurs, la production de gaz algérien diminue depuis 2005. Le manque d’investissement, couplé à une augmentation de 50 % de la demande nationale, a pour conséquence une chute des exportations depuis une dizaine d’années. Selon les prévisions actuelles, d’ici 2030, l’Algérie aura utilisé toute l’énergie qu’elle extrait. Elle deviendrait alors une importatrice nette d’énergie, selon E3G, une organisation européenne indépendante spécialisée en diplomatie Climatique et en politique d’Energie. https://www.e3g.org/

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