Le 22 février 2019 et même avant, les Algériens ont investi les rues de toutes les grandes villes algériennes pour dire non au 5ème mandat de Bouteflika, un homme vieillissant, aphone et immobile, déchiqueté par plusieurs maladies métastatiques, incurables et  nosocomiales. Le 2 avril 2019, exit le 5ème mandat, mieux, la pression du peuple a conduit à déposer Abdelaziz Bouteflika.

Les revendications des Algériens montent d’un cran, ils veulent le départ et le jugement des corrompus despotiques, parmi eux, Saïd Bouteflika et ses prête-noms, ses hommes et femmes de paille et tous les autres. Et contre toute attente, l’invraisemblable, l’irréel, l’inimaginable, l’incroyable fut ! Et pour qu’il eût été, le commandement militaire a fait très fort en arrêtant les gros loups, le président de la République faisant fonction, Saïd Bouteflika, le retraité général en fonction, Mohamed Médiene et le général égorgeur et ex-ministre-conseiller d’El Mouradia, Athmane Tartag ainsi qu’une autre poignée de généraux et de pseudo-hommes d’affaires.

Ces opérations mains propres ont procuré une joie extrême à la population, et l’incarcération de trois anciens premier-ministres et plusieurs ex-membres du gouvernement, ont mis les Algériens en état d’extase inespéré. Au lendemain de ces gestes forts, des millions d’Algériens saluent l’Armée en scandant vive Ahmed-Gaid Saleh, certains le voyaient déjà à la tête de l’état. Le général d’état-major s’est empressé de déclarer lors d’un de ses innombrables discours : « …je n’ai aucune ambition politique… », « …Le rôle de l’armée est de veiller sur le Doustour ( la Constitution) , la protection des frontières, et l’accompagnement de la population dans son désir de changement ».

Le vendredi suivant, au lieu d’être applaudi, le chef d’état-major est bizarrement chahuté et hué à coup de mots d’ordre des plus haineux, et pour cause : Les leaders islamistes ont sorti l’artillerie lourde en multipliant les émissions spéciales en continu et en boucle sur Al Magharibiya, une télévision dirigée par Oussama Abassi, le fils de l’ancien numéro 1 du FIS, le parti islamique du salut. Sur Facebook et You Tube, on voit, on entend et on lit une avalanche de slogans hostiles au général d’état-majeur, Ahmed Gaid Saleh, le traitant de toutes les insanités et l’accusant de tous les maux. En fait, tout ce qui arriva, arrivé, arrivait, arrive, arrivera et arriverait en Algérie, c’est la faute d’Ahmed-Gaid Saleh. Bouteflika, c’est Ahmed-Gaid Saleh, la corruption, c’est Ahmed-Gaid Saleh, la crise économique, c’est Ahmed-Gaid Saleh, la crue c’est Ahmed-Gaid Saleh… “ Si le soir au lit ta femme te tourne le dos, c’est la faute de Gaid Saleh », renchérissent certains facebookeurs.

Ces derniers mois, le slogan phare est désormais : « Non à un état militaire, oui à un état civil », ce qui en soi est une revendication très légitime, sauf que ce sont les fissistes et les rachadistes* qu’ils l’ont inventés, réfléchis, testés et mis sur le marché.

Il faut dire que toute la jeunesse ou presque qui a moins de 30 ans aujourd’hui a été nourrie aux pis du FIS et d’un autre courant islamiste, plus discret mais plus redoutable « Rachad* » dont les membres fondateurs sont des ex-fissistes, tel que Mourad Dhina, réfugié à Genève et Larbi Zitout, réfugié à Londres et c’est justement depuis leurs refuges qu’ils ont repensé le FIS pour en faire RACHAD.

Contrairement aux discours enflammés d’Abassi et Benhadj, Dhina et Zitout ont un prêche sweet, lisse où l’abus de l’utilisation des sourates coraniques est haram. Mourad Dhina a le verbe aisé en français, Larbi Zitout, excellemment arabophone, est un moulin à paroles, très communicant, l’homme a réussi à ensorceler les héritiers d’Ait Ahmed Hocine, le père fondateur du FFS, le Front des Forces Socialistes, un parti laïque au fameux slogan « ni état militaire, ni état théocratique » 

Les rachadistes ont réussi avec les émules du FFS, là où le FIS a échoué avec le père fondateur du FFS. Ils ont détourné le slogan originel pour le décliner en « Non à un état militaire, oui à un état civil », et c’est là où RACHAD fait des ravages, car les islamistes possèdent ce que les laïques du FFS n’ont pas : l’argent et les médias, ce qui a contraint la laïcité à sceller un pacte avec la théocratie, la modernité avec l’archaïsme. L’élite du FFS va accepter de troquer son slogan « Ni état militaire, ni état théocratique », contre « non à un état militaire, oui à un état civil ». Ce pacte contre-nature comporte un amendement qui stipule que le terme civil est sacré et indiscutable. Mais la réalité est que derrière ce terme, se cache un futur état théocratique. Militaire versus Civil, sous-entendu Militaire versus Religieux !

Vous n’entendrez jamais l’élite rachadiste évoquer sur Al Magharybia la Charia comme Doustour, et tout ce qui est lié à la religion est renvoyé à plus tard. Pour l’instant, ils se contentent de matraquer les crânes de la jeunesse algérienne via des messages religieux subliminaux qui arrivent souvent à bon port. Ils ont fait mieux ! Pour avoir plus de crédibilité, ils ont légué ce rôle aux laïques du FFS. Ces derniers se relaient dans les studios TV d’Al Magharibiya, aux frais de la chaine, pour dire leur amour de l’état civil, synonyme de l’état religieux. Jamais aucun intervenant dit démocrate ou laïque n’osera proposer un débat contradictoire sur le bienfondé ou non d’un état religieux. Eux aussi galvaudent les mêmes convictions et renvoient le débat à plus tard. ( à plus tard veut dire: Après la chute des militaires ou après le célèbre “yatnahaw ga3“!).

Cette alliance a eu lieu d’abord tacitement pour ensuite atteindre un niveau plus structuré, plus réglementé, tant au plan financier qu’au plan des rencontres. Les réunions en France, en Angleterre, au Québec…, sont de plus en plus régulières et la fréquence de plus en plus rapprochée. Le mot d’ordre est de faire dégager le régime militaire, “Yatnahaw Ga3”, puis on en viendra au partage du pouvoir entre le puissant Rachad, ex FIS, avec ce qui reste de la marque déposée du FFS puisque ce dernier a éclaté en plusieurs petits partis et associations sans aucun poids.

Le patron arabophone de Rachad a déclaré récemment sur sa page qui compte plus de 1.500.000 adeptes, que « si Dieu le veut, son parti continuera à conquérir les cerveaux et les cœurs de la jeunesse. »  Mais ce que veulent au fond les rachadistes, c’est s’accaparer seuls le pouvoir avec la grâce de Dieu. Mourad Dhina se voit déjà le Calife, et Larbi Zitout son Vizir si l’on croit les commentaires par milliers et les slogans sporadiques comme: Dhina président ou Allahou Akbar Larbi Zitout !

Ce qui est vrai aussi, c’est que les rachadistes sont prêts à s’allier avec le diable pour arriver au pouvoir et leur diable se décline en plusieurs configurations, du presque inexistant FFS, au binôme Saïd Bouteflika/Mohamed Médiene, ( Si la pieuvre est incarcérée, ses tentacules formant un lobby anti Gaid n’ont jamais cessé d’activer ), en passant par les macronistes du moment, comme le laissait entendre le 13 septembre dernier le Courrier International, où l’on pouvait lire : « L’autoritarisme de Ahmed-Gaïd Salah, qui semble apprécier la manière forte employée par le président russe Poutine, se heurte à la détermination des Algériens ». Pour la France, les islamistes pourraient être le choix par défaut si l’ami de l’Est fait barrage aux intérêts français et américains.

Notons enfin que Rachad applique au pied de la lettre l’adage populaire algérien « il mange avec le loup et pleure avec le berger ». Il prône l’éradication de la langue du colonisateur, il amalgame laïcité et athéisme mais prêt à faire alliance avec la France si le méchant Gaid se tourne vers les Russes.

CNP NEWS.