L’ancien président du Conseil Constitutionnel français qui a été aussi ministre de l’Intérieur et Président de l’Assemblée Nationale, Jean Louis Debré, a une autre corde à son arc, l’écriture. A peine retraité (le 5 mars 2016) qu’il sort un livre (le 21 avril 2016), intitulé « Ce que je ne pouvais pas dire ». 

Sur les 400 pages que compte son volumineux livre, l’ancien ministre de l’intérieur français n’a pas été très bavard sur l’Algérie. Il en a consacré à peine quatre pages dédiées à son entretien avec M. Bouteflika qu’il dit avoir rencontré le 9 décembre 2015 dans sa villa médicalisée située à Zéralda, au littoral algérois, un haut lieu squatté par la grosse légume algérienne. 

 « Un petit micro collé contre sa bouche permet de mieux entendre ce qu’il dit. Il a bien des difficultés pour s’exprimer ».

L’écrivain français souligne : « Il m’accueille dans son palais, situé un peu en dehors du centre d’Alger, très fortement et visiblement protégé. Une résidence médicalisée, me dit-on. Il est tassé dans son fauteuil, très essoufflé, la voix faible. Un petit micro collé contre sa bouche permet de mieux entendre ce qu’il dit. Il a bien des difficultés pour s’exprimer. À plusieurs reprises, il doit s’interrompre pour boire une gorgée d’eau. Il me faut être particulièrement attentif pour réussir à le comprendre »

Jean Louis Debré a –il voulu souligner le problème de mémoire du Président algérien ? 

Jean Louis Debré livre quelques bribes de paroles élogieuses que M. Bouteflika lui aurait révélé à l’endroit de décideurs politiques français : « Il m’indique avoir toujours eu beaucoup d’estime pour mon grand-père et aussi pour mon père. Évoquant ses nombreux désaccords avec ce dernier, il me précise qu’il respectait l’homme de conviction et de loyauté : quand il disait oui c’était oui et non c’était non.  Il m’avait déjà raconté cela lors de notre rencontre de 2007 ».

« Il me demande des nouvelles de Jacques Chirac »

L’ancien Président du Conseil Constitutionnel français enchaîne : « Il me demande des nouvelles de Jacques Chirac. Il souligne alors combien ses relations avec le Président Chirac avaient été approfondies, amicales et positives. Il me rappelle qu’ils avaient su, ensemble, ouvrir une nouvelle page amicale des relations entre l’Algérie et la France ».

« Il a été très agréablement surpris par l’esprit de François Hollande »

S’agissant de François Hollande, lequel, souvenons–nous avait trouvé Bouteflika très alacre, Debré dit : « Bouteflika avoue qu’il (Hollande) ne le connaissait pas avant son élection, mais qu’il a été très agréablement surpris par son esprit d’ouverture, d’amitié et d’imagination et par sa volonté de fortifier les relations franco-algériennes ».

Chirac et Hollande doivent, devant l’Histoire, en être remerciés 

Un passage du livre de Monsieur Debré peut néanmoins poser questions selon des spécialistes du droit international quant aux propos de Bouteflika pour le moins confus : l’ancien ministre de l’intérieur français écrit : «   Il (Bouteflika) tient à me préciser que le général de Gaulle fut à ses yeux celui qui marqua le plus fort intérêt pour l’Algérie, tandis que Jacques Chirac et François Hollande sont pour lui ceux qui auront le plus contribué au développement des relations entre les deux pays. Ils doivent, devant l’Histoire, en être remerciés, me dit-il d’un ton solennel ».

Qui devrait remercier qui devant l’Histoire ?

Pourquoi remercier ceux qui refusent de demander pardon aux Algériens, s’interrogent les Algériennes et les Algériens libres ?  Pourquoi remercier ceux qui protègent la mafia polico-financière qui a renfloué les banques françaises avec l’argent du peuple ? Ne s’agit-il pas là d’une apologie d’un genre nouveau, celui du néocolonialisme ?  Qui devrait remercier qui ? Les Algériens pour avoir payé le lourd tribut de 1.5 millions de morts et de 132 ans de servitude, d’humiliation et de mépris ? Ou alors les Français pour avoir spolié, torturé, acculturé, assassiné, et réduits à des cobayes des êtres humains pour les fins d’expériences nucléaires ? Ses questions resteront ouvertes pour l’histoire avec un petit “h” marquée par 20 ans d’un règne sans partage d’une caste qui aura eu une seule mission, celle d’abêtir, d’appauvrir, d’affaiblir une nation de 40 millions d’habitants.  Jean Louis Debré ne semble pas pouvoir encore tout dire, il a juste donné un avant-goût de l’ampleur des secrets livrés aux bourreaux par un homme finissant.
CNP NEWS