Que l’annulation de l’élection présidentielle prévue le 4 juillet soit une victoire pour la rue, c’est un fait certain, qu’elle soit une concession faite par l’armée (la seule institution légitime et celle qui détient le pouvoir civil depuis l’éviction de Bouteflika), c’est aussi un fait certain, mais est-elle suffisante pour calmer la rue ? Pas si sûr.

En réalité, la décision de l’annulation du scrutin fera perdre davantage de contrôle au pouvoir en place, ce qui est en soi une très bonne chose pour la rue, laquelle sera de plus en plus intransigeante.

Il faut admettre que le pouvoir a perdu quand il a parié sur un essoufflement du Harak durant le mois de ramadan. Il veut encore parier sur une trêve du Harak durant les vacances d’été mais il perdra aussi. Les écoliers, lycéens et universitaires de la classe moyenne et modeste ne partent pas en vacances à l’étranger et la plupart des travailleurs prennent congé en cette période, par conséquent, le Harak pourrait doubler en densité, et verrait ses exigences triplés en intensité et les rendez – vous hebdomadaires feraient place aux rendez-vous quotidiens.

Revenant à la décision de l’annulation de l’élection du 4 juillet. Le Conseil Constitutionnel, suggère la prolongation des fonctions du président par intérim A. Bensalah jusqu’à l’élection du président de la République et sa prestation de serment. Cela sous-entend que c’est la clique de Bouteflika qui organisera le scrutin et qui convoquera le corps électoral, or ce corps est souverain par excellence, il ne répondra pas à la convocation d’A. Bensalah, il n’ira pas voter avec des conditions imposées.

Entre la défiance du Pouvoir et la méfiance du Harak, le cœur d’Ahmed-Gaid Saleh, balance…

Nous assistons à deux serpents qui se mordent la queue, chacun de son côté. Le pouvoir veut se suffire à lui-même comme depuis 1962 et c’est cet éternel retour du militaire à chaque rendez-vous électoral qui exaspère le serpent civil d’en face qui se morfond dans l’indécidabilité de désigner des représentants.

Ce jeu malsain que l’un et l’autre font perdurer, mal gré bon gré, ne profite à aucune partie, et c’est l’Algérie toute entière qui risque de tourner en rond.

Pour mettre un arrêt net aux tergiversations, l’officialisation de l’annulation du scrutin du 4 juillet, devrait être suivie d’un premier round de négociations qui entérinera les conditions des uns et des autres dans le but d’ouvrir un véritable dialogue. Mais dialoguer avec qui ?

Le Harak rejette d’emblée les partenaires désignés de facto, à savoir A. Bensalah et N. Bedoui, respectivement chef d’état par intérim et chef de gouvernement provisoire.

Le départ de ces « 2 B » est une condition sine qua non contre laquelle le Peuple ne transigera pas mais que l’armée, seule institution légitime pour le moment, ne semble pas voir du même œil et c’est à ce niveau-là que les deux belligérants risquent de se prendre les pieds dans la gadoue.

Pour les défenseurs de ce qu’on appelle la 3ème voie ou la 3ème solution ( soutenue par certains dont moi-même) , consiste à dire que le peuple zappe les « 2 B » illégitimes  et dialogue, par défaut,  avec le commandement militaire représentée par son Chef, Ahmed-Gaid Salah. Cette 3ème voie suggère que le 1er round des négociations doit porter prioritairement sur la question relative au remplacement des « 2 B » par un gouvernement technocrate, et le plus vite sera le mieux. Ce préalable apaisera le peuple, et boostera le dialogue dès la prise en main effective du pouvoir par le gouvernement technocrate. La suite du dialogue doit couler de source et portera notamment sur le rôle de l’armée durant la transition et sa promesse de retourner définitivement dans ses casernes, le lendemain de la prestation de serment par le ou la président(e) de la république élu (e) démocratiquement.

Le hic dans cette configuration, c’est qu’au jour d’aujourd’hui, aucune représentation crédible aux yeux du Harak n’a fait consensus.

Des négociations informelles auraient dû être enclenchées dès l’éviction de Bouteflika, pour discuter de la mise en place d’un gouvernement technocrate qui aurait eu l’intelligence d’épargner du temps et de l’énergie mais à ce niveau aussi, les leaders de la classe politique et de la société civile, n’ayant pas la culture de l’initiative, attendaient que le commandement militaire leur fasse du pied.

En définitive, la sortie de cet imbroglio ne peut avoir lieu que via l’instauration d’un vrai dialogue entre les représentants du peuple ( à désigner au plus vite) et le commandement militaire, (le seul vrai détenteur du pouvoir).

C’est dans cette perspective, que j’ai annoncé en tant que membre de la société civile, mon soutien au commandement militaire dans sa volonté de lancer un véritable dialogue réaliste, qui s’imposera comme un processus interactif auquel tout le monde participent, gauches et droites, laïques et islamistes, femmes et hommes.

Ahmed-Gaid Saleh dont le cœur balance entre la pression du pouvoir occulte et celui du peuple, est certainement conscient de son inexpérience en matière politique mais sans doute guidé par la nécessité de sauver l’Algérie d’un éventuel chaos, en tout cas, s’il veut s’assurer une sortie honorable, il doit s’appuyer sur le peuple car les tractations doivent se faire avec le Harak, pas avec les résidus du bouteflikisme.

C’est à Ahmed Gaid Saleh de décider en son âme et conscience, de rentrer ou pas, par la grande porte dans l’Histoire comme étant ou comme avoir été le dernier chef d’état-major algérien à avoir servi de facilitateur, d’accompagnateur du passage de flambeau aux civils, après plus d’un demi-siècle de pouvoir militaire absolu.

Layla Haddad.