Cela fait 3 mois jour pour jour que le peuple algérien investit les rues par millions pour demander le départ du régime. Ses revendications sont allées crescendo pendant que les élites s’essayaient à une bataille intestine, de qui prendra le pouvoir, de qui brillera, de qui réussira sa danse du ventre, croyant à tort que cette fois-ci aussi, il faut balancer le postérieur dans tous les sens –  à gauche, à droite, en haut en bas – Une bête acrobatie inutile, héritée d’une culture de 20 ans de platventrisme, de khobzisme et d’attentisme. Le peuple finira sans doute par vomir ses opposants sans poids et sans envergure en criant à l’unisson : Système dégage ! Opposition dégage !

En face, le haut commandement militaire cède du terrain, lâche du lest grâce à la pression populaire. Après plus d’un demi-siècle d’autisme, d’humiliation, de pillage, c’est lui qui n’est plus entendu par un peuple enclin de méfiance avec un cœur balançant entre un divorce à l’amiable et une séparation douloureuse. Et pendant ce temps-là, l’on observe presque démuni, une rue sclérosée et une élite qui fait du sur place.

Ma position consiste à dire au peuple qu’il faut saisir la perche tendue par le haut commandement militaire, le prendre au mot et commencer à se structurer autour d’un projet qui sortira l’Algérie de l’impasse tout en maintenant la pression.

L’équation à résoudre est simple car elle est à une seule inconnue, il s’agira de donner du crédit et un peu de temps au haut commandement militaire et s’il trahit, on changerait le fusil d’épaule pour adopter d’autres stratégies.

S’il y a trahison ou tentative de trahison, elle émanerait d’une certaine opposition malintentionnée qui n’a de projet que de s’opposer pour s’opposer et qui mettrait de l’eau dans le moulin d’un clan revanchard, infiltrant et manipulant les manifestants à coup de slogans pensés et conçus pour semer la zizanie et le chaos.

Je ne crois pas à l’idée qui consiste à supposer qu’Ahmed-Gaid Saleh ambitionne dans une quelque optique de s’imposer à El Mouradia, l’homme est conscient qu’il n’a ni les moyens ni l’étoffe. A 80 ans, il n’a qu’une envie, troquer sa tenue de combat contre le repos du sage. Il fera ses adieux au Harak, avec l’espoir de sortir par la grande porte, la tête haute après avoir accompli ce qu’il aurait dû accomplir un peu plus tôt . En effet, le Chef d’état-major, au lendemain de l’investiture d’un président civil, élu démocratiquement et dans une vraie transparence, tirera sa révérence. Toute autre vérité que celle-ci, n’est que pure spéculation malhonnête.

J’ai l’intime conviction qu’Ahmed-Gaid Saleh voit, entend et écoute les revendications du peuple. Il voit, entend et écoute les protestations des  jeunes. Il s’est engagé à dire OUI implicitement, au deal soumis par nous tous, celui de protéger et d’accompagner le peuple vers une stabilisation politique pérenne au travers d’une transition intelligente,  contre l’effacement et une sortie honorable. Donnons lui le temps du brave et le répit du guerrier !

Quand l’adolescent de 16 ans a fait ses adieux à ses parents, frères et sœurs pour monter au djebel, il était résolu à reconquérir la patrie occupée. Faut-il se faire lire les lignes de la main par un saltimbanque, pour admettre qu’un adolescent de 16 ans qui était prêt au sacrifice suprême – quand ses copains rêvaient d’une embrassade furtive avec une bien-aimée fictive – , peut aujourd’hui aussi être prêt, du haut de ses 80 ans, à déplacer les montagnes contre un pardon collectif ? J’ai la faiblesse de le croire.

J’enfreindrais les règles de la probité si je donne mon blanc-seing à Ahmed-Gaid Saleh, car comme des milliers d’autres hommes du pouvoir, il a pioché à la louche dans le chaudron populaire et comme tous les autres pillards, s’est resservi à volonté. La commission de tels actes est certainement punissable, mais si le coupable s’engage à mettre fin au fléau de la méga-corruption à laquelle lui-même a contribué à amplifier, se pourrait-il que le peuple considère non avenu ses graves manquements ?

Qui depuis l’indépendance du pays s’est aventuré à déclarer une guerre sans merci aux corrompus lourds ? Qui avant lui avait osé aller aussi loin en sachant que lui-même était dans la même mouise ? Pourquoi l’accepterais-je de celui qui a volé un bœuf et le refuserais-je de celui qui a volé un œuf ? Qui de Bouteflika et ses frères et de Ahmed-Gaid Saleh et ses fils a le plus pillé ? Contre toute attente, cet homme a réussi à mettre au trou les plus gros requins, une configuration inimaginable, il y a à peine quelques mois.

Le haut commandement militaire par la voix d’Ahmed-Gaid Saleh a encore récemment promis d’aller à bout de cette mafia maquerelle et de remettre le pouvoir aux civils. S’il respecte sa parole,  le peuple, ne devrait-il pas faire de même ? Et ensemble retroussions nos manches afin de mettre sur chantier une république algérienne démocratique et populaire sur des bases saines, où le civil primera sur le militaire, où la neutralité primera sur la théocratie, où le peuple sera souverain et où la loi sera au-dessus de tous.

Arrêtons donc de tergiverser et pensons à ces jeunes policiers, à ces jeunes soldats qui sans relâche, sous le soleil ou sous la pluie, à jeun ou après avoir déjeuné, donnent le meilleur d’eux même pour maintenir la paix et assurer la sécurité d’un peuple en proie de toutes les manipulations.

Le chantier est gigantesque, les défis sont énormes et les enjeux sont de taille.

Layla Haddad.