Le Classement RSF, qui évalue chaque année la situation du journalisme dans 180 pays et territoires (voir la carte 2019 ICI ), révèle le déclenchement d’une mécanique de la peur très préjudiciable à l’exercice serein du journalisme. L’hostilité à l’encontre des journalistes, voire la haine relayée dans nombre de pays par des dirigeants politiques, a fini par susciter des passages à l’acte plus graves et plus fréquents, qui provoquent un accroissement des dangers et, de ce fait, un niveau de peur inédit dans certains endroits. «Enrayer cette mécanique de la peur est une urgence absolue pour les femmes et les hommes de bonne volonté, attachés aux libertés acquises au long de l’histoire. » explique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.

Plusieurs régimes autoritaires perdent des places au Classement de Reporters Sans Frontières de 2019. C’est le cas de l’Algérie qui passe de la 136 ème à 141 ème place, où certains journalistes ont été confrontés aux arrestations et violences infligées par les forces de l’ordre, et où d’autres ont subi traque, menaces, intimidations par le pouvoir algérien et ses représentations diplomatiques.

La traque de la journaliste belgo-algérienne, Layla Haddad en juin 2018, a jeté une lumière crue sur les risques encourus par les journalistes algériens s’ils ne se conforment pas aux injonctions, au silence ou à la propagande étatique. Layla Haddad qui n’attendait pas autant de calomnies, de diffamations, de menaces et d’agressions suite à son appel à l’ex président algérien A. Bouteflika, à ne pas se présenter pour un 5ème mandat, a eu, in fine, raison de la presse algérienne inféodée et d’un régime aujourd’hui aux abois.

Depuis le vendredi 22 février 2019, le peuple algérien sort par millions tous les vendredis, pour réclamer le départ du président désormais EX et son régime. Si Bouteflika a capitulé, le régime continue de narguer un peuple obstiné qui a enregistré une deuxième victoire en mettant à bas Tayeb Belaiz, lui aussi désormais EX président du Conseil constitutionnel. Les prochaines semaines seront cruciales.

Kélim Vanheyk