Si l’étude* réalisée en décembre 2018 par le Service de Recherche du Parlement Européen (SRPE) a échappé à l’attention des Algériens (Élite et Lambda), la vidéo* de la journaliste Lila Lefèvre – Haddad, postée sur sa page Facebook le 31 mai 2018 a fait le tour du monde en 24h00 et pour cause, les autorités algériennes très paniquées ont saisi l’Union européenne l’accusant d’en être l’instigatrice. La journaliste qui a agi de son propre chef, avait enregistré sa vidéo à l’intérieur du Parlement européen au nom de la sacro-sainte liberté d’expression, au travers de laquelle elle appelait Abdelaziz Bouteflika à renoncer au 5ème mandat pour éviter la colère d’un peuple au bord de l’implosion et pris en otage depuis 20 ans par un pouvoir totalitaire. (Liens de la vidéo et de l’étude du SRPE ci-dessous).

Ce qui devait arriver, arriva. Ce dont la journaliste prévenait dans sa vidéo du 31 mai 2019, est arrivé après une gestation de 9 mois. En effet, le 22 février 2019, des millions d’Algériens ont investi pacifiquement les rues de toutes les villes et villages du pays scandant « Non au 5ème mandat » avec pour seule couverture médiatique, les caméras de leurs smartphones. Le pouvoir totalitaire a interdit aux médias algériens de couvrir l’événement et les médias étrangers, intérêts économiques d’abord, ont opté pour le Wait and See.

Les manifestations n’ont pas faibli et les revendications y vont crescendo chaque vendredi (jour de repos en Algérie), de 4 millions de personnes le 22 février, à 7 millions le 28 février  et 13 millions le 8 mars, pour atteindre les 20 millions les 15 et 22 mars derniers ( Chiffres avancés par les manifestants et la police puisque cette dernière a fraternisé avec le peuple) .

Les revendications sont passées de « NON au 5ème mandat » à « Dégagez TOUS». Et aux manifestations se sont ajoutées des Sit-in en jours de semaine et des grèves par secteur et par corporation.

De son côté, la diaspora algérienne se donne rendez-vous chaque dimanche à Paris, à Place de la République , à Bruxelles, au Rondpoint Schuman, à Londres, Montréal, Washington, etc…

Il faut dire que le Parlement européen a à maintes reprises mis en garde à coup de rapports et de résolutions des exactions commises par les autorités algériennes quant aux Droits Humains et des libertés publiques. Dans la présente étude, la dernière en date, il dénonce le totalitarisme exacerbé du régime de Bouteflika :

« Les libertés de réunion, d’association et la liberté d’expression sont toujours restreintes. La liberté de réunion est très contrôlée, les manifestations sont interdites à Alger et ailleurs dans le pays, les forces de sécurité tendent à disperser les rassemblements. Les conditions de travail des journalistes sont rendues compliquées par un arsenal judiciaire qui les pousse à l’autocensure. Un certain nombre de médias sont par ailleurs interdits. Comme le souligne le rapport annuel de l’Union européenne sur les droits de l’homme en 2015, la liberté d’association souffre de restrictions, notamment dans l’enregistrement des associations. C’est particulièrement vrai dans le domaine syndical, sur lequel le Parlement européen a attiré l’attention en 2015 par une résolution, en soulignant combien l’exercice de la contestation sociale face aux difficultés économiques de plus en plus grandes que rencontre l’Algérie était rendue difficile par les autorités…. »

L’étude du Service de Recherche du Parlement européen, SRPE, résume en un ensemble de questionnements la situation préoccupante en Algérie au plan politique, économique, sociale et ses conséquences dans le monde notamment dans les pays membres de l’Union européenne. L’étude développe, par ailleurs, point par point sa propre analyse des faits tout en ménageant la sensibilité à fleur de peau des autorités algériennes prêtes à brandir la carte de ce qui leur permet, selon leur vision, de se positionner en force. Il s’agit bien sûr de la carte du gaz naturel qui fait d’un côté le bonheur des Européens et la dictature qu’ils protègent, et de l’autre, le malheur de tout le Peuple algérien hormis les privilégiés du sérail :

« L’Algérie est à la veille d’une élection cruciale pour son avenir en avril 2019. Le pays a certes mené des réformes constitutionnelles de façon à répondre au contexte des printemps arabes dans la région, mais la possibilité d’un cinquième mandat pour le Président Bouteflika reste l’incertitude cardinale qui plane sur le pays. Le président, affaibli par l’âge et une santé fragile, reste le ciment du système politique algérien après la terrible guerre civile des années 1990. Dans ce contexte, l’équation algérienne reste complexe et trois inconnues (jeunesse, climat et migrations) peuvent façonner les perspectives de court et moyen termes. La jeunesse algérienne est nombreuse et son inclusion sur le marché du travail nécessite une croissance continue. Aujourd’hui, elle reste relativement désinvestie du système politique algérien et ses préférences restent méconnues. Le réchauffement climatique est une seconde inconnue : il aura des conséquences majeures sur le territoire et devrait pousser la population algérienne, mais aussi, plus largement, sahélienne, à rejoindre les villes côtières, nécessitant d’investir dans un urbanisme durable et des services publics adaptés. Enfin, les dynamiques démographiques, algériennes et en Algérie par le jeu des migrations, forment un défi important pour l’avenir. Ces questionnements replacent l’Algérie dans son environnement régional où elle joue un rôle central à la fois dans le conflit au Sahara occidental, relativement à la Libye et au Sahel. L’Algérie est aussi un partenaire crucial dans la lutte contre le terrorisme international. La situation économique du pays reste à surveiller : en effet, les variations des prix de l’énergie mettent l’économie algérienne sous tension. Les autorités algériennes affirment la nécessité de réformes mais ces dernières sont complexes à mener quand l’État fait face à des baisses de revenus…. »

*https://www.facebook.com/WWWacim/videos/1676612612452101/?t=4

*www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/BRIE/…/EPRS_BRI(2018)630328_FR.pdf