La presse sicilienne vient de rapporter (01) que le parquet et notamment la municipalité d’Augusta conduite par Madame Cettina Di Pietro qui, selon toute vraisemblance, s’est dite complètement étonnée  de la précipitation de l’équipe de Sonatrach pour l’acquisition de cette raffinerie vieille de 70 ans pour un montant pareil. Le bourgmestre a confirmé avoir averti les représentants de Sonatrach avec, à leur tête Ould Kaddour personnellement.

Selon les évaluations faites par les experts désignés par le parquet d’Augusta, une réhabilitation environnementale impérative sous peine de fermeture est estimée à plus d’un demi-milliard d’euros.

Ces travaux ne concernent en fait que la dépollution sans compter celle technique qui pourrait atteindre le triple pour qu’elle puisse être fonctionnelle. Il existe en plus un contentieux avec l’ancien propriétaire qui doit s’acquitter de lourdes amendes que l’acheteur prendra en charge.

De nombreux experts, spécialistes s’étonnent de précipitation d’acquisition d’une raffinerie dans cette endroit spécialement très connu par la connivence de la  mafia sicilienne avec les syndicats qui ont déjà fait pression sur le propriétaire de n’accepter cette cession que lorsque l’acheteur aura pris en charge voire ne licencie aucune personne de l’effectif de 660 agents et Sonatrach a accepté le deal  tête baissée.

Selon des sources proches de l’aval, cet achat n’a pas été examiné sur la base d’un rapport d’évaluation crédible par le conseil d’administration de Sonatrach qui, pour rappel est propriété de l’Etat algérien à 100% de ses actions.

Sur le plan statutaire, le redéploiement de Sonatrach est une affaire d’organisation sur laquelle le PDG ne dispose d’aucun pouvoir de prise de décision sans l’aval de conseil d’administration qui lui soumet le projet au gouvernement. Cela a été le cas pour le contrat de processing avec le trader suisse Vitol qui a été déjà signé.

On aura donc 120 000 tonnes par mois soit 1 444 000 tonnes par année de brut qui devra être envoyé en Italie pour donner au plus 576 000 tonnes de carburant qui seront en complément à cette nouvelle acquisition. On peut se demander avec une capacité de raffinage installée de 24 millions de tonnes et face à une baisse de production chronique, d’où Sonatrach ramènera-t-elle les 9 millions de tonnes pour alimenter cette raffinerie en matière première.

Plus grave, penser stratégiquement que Sonatrach pourrait s’intégrer dans la vente des produits pétroliers en Europe face à un déclin mondial de cette activité, n’est qu’un leurre. La logique même nous dicte qu’on n’achète jamais des équipements de raffinage lorsque les prix se redressent. Le raffineur par définition est content lorsque les prix sont bas.

Qu’attend donc le ministre, représentant de l’Etat pour s’exprimer sur le sujet ou alors de qui Ould Kaddour reçoit-il ses instructions d’ailleurs ?

Rabah Reghis

Le Matin d’Algérie.