Le président turc Recep Tayyip Erdogan qui a entamé lundi dernier une tournée dans quatre pays africains dont l’Algérie, a voulu inscrire sa visite dans une énième tentative de conquête du continent africain. Il est attendu en Mauritanie, au Sénégal, et au Mali mais c’est Alger qui a été la première à lui dérouler le tapis rouge.

Deux personnalités similaires mais deux pays différents

La personnalité des deux chefs d’états, algérien et turc est quasiment similaire. Ils aiment le Pouvoir plus que tout et à n’importe quel prix. Leur situation actuelle est similaire aussi à plus d’un titre, tous les deux sont très affaiblis, l’un par la maladie, l’illégitimité et un pays par terre, et l’autre par le reniement de ses alliés naturels, son influence en perte de vitesse et son commerce international qui bat de l’aile.

Le président turc trouve en Alger la réponse à plusieurs attentes. « L’Algérie est l’un de nos plus importants partenaires commerciaux dans la région (…) Nous voulons renforcer nos relations sur les plans militaire, sécuritaire et culturel« , a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Istanbul avant de prendre l’avion pour Alger. Pour des observateurs internationaux, Erdogan veut avoir sa part de gâteau dans les pays subsahariens. Il veut surtout prendre sa revanche d’une France qui a toujours mis son véto pour l’adhésion de son pays dans l’Union européenne. Loin d’être isolée, la position de la France s’est généralisée aux plus importants états membres y compris l’Allemagne, ce mastodonte qui abrite l’une des plus grandes diasporas turques dans le monde, a dit aussi « niet » à Erdogan.

Il faut savoir que le président turc a grillé toutes ses cartes. Rien ne va plus entre Paris et Ankara, les relations entre l’Union européenne et Ankara sont au point mort et le minimum syndical est maintenu entre Ankara et l’OTAN. Entre Erdogan et l’oncle Trump, le cousin Netanyahou et le serviteur des lieux saints, tout ou presque est à l’arrêt. C’est dire le bourbier dans lequel Erdogan a foutu la Turquie.

L’homme est K.O technique depuis ses choix dans le conflit syrien. « Le massacre de la population Yazidi, ne laisse plus aucune crédibilité à Erdogan auprès de l’Union européenne », déclarera un eurodéputé, membre de la commission des relations avec la Turquie.

Au plan des Droits de l’Homme, Erdogan n’a rien à envier à son homologue Bouteflika, la limitation de la liberté de presse et d’expression et les emprisonnements arbitraires sont devenus un sport national dans le Sultanat de Turquie et fortement dénoncés par les organisations internationales des Droits de l’Homme.

Un contrat secret

Mais là où tout oppose Bouteflika à Erdogan, c’est que ce dernier a réussi à faire de la Turquie, un pays économiquement prospère, il a su renflouer sa trésorerie et ses réserves de change. La gestion financière de ce pays est l’une des plus saines au monde. Et c’est là aussi qu’Erdogan va trouver son compte avec l’Algérie. Il fera d’une pierre deux coups grâce aux innombrables protocoles d’accord conclus avec l’Algérie : « Erdogan va concurrencer en Algérie ses partenaires occidentaux naturels dont la France, cette dernière aura du fil à retordre dans deux dossiers, économique et militaire », a affirmé un journaliste turc à Euronews.

La Turquie entend investir dans des domaines boudés par les occidentaux, le Tourisme et la Culture. Elle a tendu une perche emprisonnée à Bouteflika en concluant un contrat, gardé secret par les deux belligérants: Ankara prêtera de l’argent à Alger. Il s’agira d’argent frais qui fait cruellement défaut au trésor public algérien complétement tari à cause de la fuite des capitaux, de recel des avoirs à l’étranger et de détournement de fonds par le sérail.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Erdogan n’appliquera pas sa politique financière islamique dans ses transactions. Il s’agira de prêts assortis de conditionnalités, des crédits concomitants. Une grande partie servira à financer des ventes d’équipements, d’usines clés en main, des transferts de technologie mais cela a un coup, celui de ramener l’Algérie à sa case départ, Bouteflika l’avait promis, il quittera l’Algérie comme il a trouvé : un pays endetté jusqu’au cou !

L. Haddad