C’est surtout en été que des femmes, jeunes et moins jeunes, investissent les plages algériennes. Dans l’eau, elles ressemblent à des bouées de sauvetage à moitié crevées. Au sortir de l’eau, on les confond à des haragas dont la barque a fait faux bond ou mauvais départ. Elles ont encore pied, elles rejoignent sans mal la terre ferme.

Quand elles s’allongent à même le sable, les pieds nus enduits d’eau, d’algues mortes et de quelques morceaux de sachets en plastique, vous jurez sur tous les cieux que ce ne sont plus que des corps sans vie ramenés par les vagues après une tentative d’une harga avortée.

En réalité, il n’y a rien de cela. Dans l’Algérie de Bouteflika, la paupérisation extrême conjuguée à un islamisme galopant, ne laisse aucun choix vestimentaire sur la plage : Ou c’est le hijab ou c’est le hijab. Le burkini n’est pas bien vu sur les plages du petit peuple, il est monopolisé par une une nouvelle catégorie de bèzenesmen qui tolèrent le port à leurs secondes épouses et leurs secrétaires.

Le bikini est réservé à la classe au-dessus, les épouses et les filles Mahieddine Tahkout et les maitresses d’Ali Haddad. Le monokini relève du phantasme et le naturisme du blasphème.

Khadidja Halfaoui.

*haraga: pluriel, harag, celui qui rejoint l’Europe clandestinement.