J’étais une enfant quand vous aviez livré en 1974 votre mémorable discours devant l’Assemblée Générale de l’ONU. Vous aviez chassé la délégation de L’Afrique du Sud en dénonçant l’Apartheid avec les mots les plus virulents, s’en était suivie une salve d’applaudissements interminables en hommage à votre courage, votre éloquence…

Je n’avais pas tout compris, mais j’ai couru aussi vite que j’ai pu pour aller dire à mon grand frère, le cœur battant la chamade, « Je sais ce que je veux être quand je serai grande : je veux être Bouteflika !». Votre nom à lui seul signifiait pour moi, un métier, l’excellence, l’engagement, la dignité.

La dignité parlons-en :

Quarante-quatre ans ont passé et vous voilà assis sur une chaise roulante, le regard hagard, la bouche béante.

Vous, Monsieur Bouteflika, à la voix suave, inimitable, parler et comprendre sont devenus difficiles pour vous, voire impossible, à mesure que ce sale accident vasculaire cérébral s’aggrave.

Vous, Monsieur Bouteflika, au singulier sourire jadis ravageur, vous n’êtes plus qu’un visage figé, la bave aux lèvres.

Vous, Monsieur Bouteflika, qui enjambiez l’Ouarsenis, l’Aurès, le Djurdjura et le Dira, avec l’agilité du mouflon, vous n’êtes plus qu’un amas de chair immobile exposé au monde en dépit du mépris de toute une nation.

Vous, Monsieur Bouteflika, saviez que la dignité ne se résume pas à une somme de droits, si légitimes soient-ils. Elle consiste aussi, à défendre l’« humanité de l’homme » contre l’homme lui-même et tous ceux qui prétendent pouvoir disposer de VOTRE personne comme d’un bien propre.

Les barons du régime et votre petit frère qui se sont arrogés le droit de disposer de vous, ne les laissez plus vous soustraire à votre humanité. Si minime soient encore vos moments de conscience, vous ne devez plus tolérer d’être traité comme une chose. Si minime soit encore votre dignité, permettez-lui de défendre votre liberté contre votre petit frère et le sérail.

Cette liberté que vous promettiez à votre peuple :

En principe, dix-huit ans au pouvoir usent les sabots du mouflon le plus agile, amoindrissent l’intelligence du jeune étalon que vous fussiez, se pourrait-il Monsieur Bouteflika, que votre liberté de tracer un trait sur votre parcours soit mal perçue par les prédateurs ?

Cette liberté que votre petit frère a squatté, la croyant un bien vacant, si vous la maitrisez un tant soit peu, faites nous signe ! Nous saurions vous éclairer sur ce qui relève de la frontière d’un sujet et un objet, entre la personne humaine et la chose, entre ce qui a un prix et ce qui a une dignité. Vous êtes devenu à votre insu, une chose indigne.

S’il y a une justice en Algérie, elle jugerait votre petit frère pour avoir permis de faire de vous une diversion voire un divertissement. Votre passage aux écrans des télévisions du monde entier, telle une attraction d’un goût douteux, devrait être prohibé en dépit de votre probable consentement et les intérêts financiers et économiques de votre petit frère et le sérail.

On se souvient, plus récemment, du tollé qu’avait soulevé votre apparition à l’écran de l’ENTV aux côtés de Manuel Valse, Il y avait là matière à revoir votre décision de jouer à ce jeu presque macabre. On dira alors que votre dignité humaine et la dignité de tout un peuple en ont été définitivement souillées. Nous sommes devenus, l’objet de risée du monde. Notre dignité, la vôtre, ont succombé à notre humanité, à la vôtre, pour ne former qu’une montagne de honte.

Vous, qui êtes entré dans la fonction de Président par effraction, que vous occupez illégalement depuis 18 ans, elle vous a donné tant de pouvoir même celui de gracier les criminels et les voleurs, rendez-la leur et demandez-leur de vous gracier à leur tour. Dites à votre petit frère et le sérail de vous accorder leur grâce ou de commuer votre peine. Dites-leur de vous laisser partir en paix, à défaut de partir dans la dignité. Dites-leur de libérer votre être à défaut de libérer les leurs. Être, je vous le promets, vous le serez à jamais dans les cœurs et les esprits du peuple. Être, je m’y engage, vous le resterez dans les annales de l’Histoire.

PS/ Je ne veux plus être Bouteflika, puisque le pouvoir corrompt l’être. Je ne veux plus être ministre des affaires étrangères puisque pour l’être, il faut faire le CFA.

Lila Haddad.

« Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? Mourir… dormir, c’est tout ;… Calmer enfin, dit-on, dans le sommeil les affreux battements du cœur ; quelle conclusion des maux héréditaires serait plus dévotement souhaitée ? Mourir… dormir, dormir ! Rêver peut-être ! C’est là le hic. Car, échappés des liens charnels, si, dans ce sommeil du trépas, il nous vient des songes… halte là ! Cette considération prolonge la calamité de la vie. Car, sinon, qui supporterait du sort les soufflets et les avanies, les torts de l’oppresseur, les outrages de l’orgueilleux, les affres de l’amour dédaigné, les remises de la justice, l’insolence des gens officiels, et les rebuffades que les méritants rencontrent auprès des indignes, alors qu’un simple petit coup de pointe viendrait à bout de tout cela?  Être, ou ne pas être, c’est là la question. William Shakespeare, Hamlet, extrait »