La Tunisie est un partenaire indéfectible de l’Union européenne et du Parlement européen en particulier. Si le Printemps arabe a débuté dans ce pays, il en a rapidement connu les contrecoups ainsi que les difficultés. La démocratie demeure un processus plus qu’un passage.

Depuis le début de la transition démocratique, l’Union n’a pas ménagé ses efforts pour soutenir la Tunisie. Au niveau économique d’abord où 3,5 milliards d’euros ont été débloqués pour aider la Tunisie en 6 ans.

Au niveau politique ensuite, l’Union a voulu maintenir ses relations d’excellence au plus haut niveau. Antonio Tajani y a ainsi réalisé sa première visite hors d’Europe en octobre dernier. Les relations sont denses également au niveau parlementaire : le Parlement européen a eu la chance d’accueillir la deuxième réunion de la Commission Paritaire Mixte UE-Tunisie en décembre à Strasbourg.

La densité de ces relations et l’excellence de ce partenariat s’expliquent simplement. Pour le Parlement européen, la Tunisie est un exemple. Un exemple car dans le contexte très difficile des suites du Printemps arabe, la Tunisie a su tirer son épingle du jeu et concrétiser l’essai démocratique. La période de la Constituante fut une étape longue, parfois difficile, mais si importante et nécessaire. Voilà pourquoi l’Union attache tant d’importance à ce partenariat.

  • L’Europe, la Méditerranée et la Tunisie : le changement climatique pour défi commun.

La transition démocratique ne peut aujourd’hui s’envisager sans un développement équilibrée des structures économiques tunisiennes. Dans ce cadre, l’accès à l’énergie, tout autant qu’à un cadre de vie sain pour la santé, sont des prérequis à une société harmonieuse et stable. Dès lors, la discussion sur la transition énergétique et le changement climatique en Tunisie n’est qu’une des suites logiques de la transition démocratique.

Le changement climatique ce sont autant des conséquences environnementales, que des conséquences en matière de santé que nous connaissons désormais bien, mais aussi et surtout, ce sont des conséquences en matière économique.

Prenons l’exemple des villes. Pour beaucoup de ville d’Afrique du Nord et d’Afrique en général, le littoral est souvent un des lieux de croissance et de dynamisme économique. En Afrique d’ici 2050 plus de 15 villes Comme Dakar, Abidjan ou Accra deviendront des centres urbains de plus d’1 million d’habitants. Tous ces littoraux sont actuellement menacés par la montée des eaux et l’érosion des terres. Autrement dit, le cœur économique de la plupart des pays africains et nord-africains est directement menacé dans son existence même par le changement climatique. C’est évidemment vrai aussi pour une ville comme Tunis mais aussi en France, où, par exemple, 11 000 km de côtes sont menacés de disparition en Normandie.

Un exemple plus frappant peut être encore pour la Tunisie : l’huile d’olive. Ce secteur emploie 1 million de personne en Tunisie et est à juste titre vital pour l’économie de votre pays. Il est si important que lorsque l’Union européenne a voulu soutenir en urgence votre économie en février 2016 dernier c’est par ce biais qu’elle est passée. Le Parlement européen s’est ainsi battu pour augmenter le quota d’urgence d’huile d’olive exporté vers l’Europe et, ainsi, donner un peu d’air à l’économie tunisienne en difficulté.

Pourtant aujourd’hui, ce secteur est menacé. D’ici 2030, la production de ces oliveraies pourrait diminuer de moitié. La Tunisie se classe en effet parmi les pays qui ont un risque très élevé de stress hydrique, pouvant perdre plus de 80% de ses ressources naturelles d’eau d’ici 2040 d’après le World Ressources Institute. Dans un pays dont l’agriculture représente 8% du PIB et emploi 16% de la population active, les conséquences seraient désastreuses.

  • La Tunisie a les ressources pour faire du changement climatique une formidable opportunité.

Si la Tunisie dispose de ressources renouvelables inépuisables, notamment des ressources solaires et thermique, elle peine encore à les utiliser. Seule 3% du mix énergétique est issu de renouvelables. Le pays repose ainsi sur l’importation pour répondre à sa demande énergétique. C’est ainsi que des projets industriels ont pour but non pas l’export mais bien l’import d’énergie depuis l’Europe et l’Italie.

L’enjeu est là : permettre à la Tunisie d’utiliser ses ressources renouvelables au profit de sa population. Faire évoluer le cadre réglementaire pour permettre ce changement de paradigme économique. Réfléchir à une décentralisation de la production d’énergie pour permettre aux collectivités locales, à l’heure échelle, de produire leur propre énergie.

L’enjeu est de taille car l’un des principaux critères d’attribution des fonds internationaux pour l’adaptation au changement climatique, le fameux fonds vert, réside dans la transparence et la prévisibilité du cadre règlementaire. Autrement dit, meilleur sera le cadre règlementaire, plus simple sera l’atteinte de l’objectif ambitieux de 30% de renouvelables dans le mix énergétique tunisien d’ici à 2030.

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Après l’Accord de Paris, la COP 23 en novembre et le Sommet pour le climat organisé par le Président Macron, il y a un véritable moment politique en marche. Il faut le saisir. Si, la Tunisie est un exemple démocratique, elle a les moyens de devenir un exemple de la transition énergétique.

Par Karl Pincherelle