Formidable rencontre aujourd’hui. En quittant le travail, j’emprunte le bus qui doit me conduire à la gare centrale. Aux abords du Palais Royal, le chauffeur annonce aux passagers qu’ils doivent descendre et attendre un second bus qui prendra le relais du premier. Sur le trottoir, un visage qui ne m’est pas inconnu attire très rapidement mon attention. Pour l’avoir vue souvent sur des plateaux de télévision, je reconnais aussitôt Leïla Chahid, accompagnée d’un homme dont je me dis qu’il doit être l’époux. Leïla Chahid était de 1994 à 2006, déléguée générale de l’Autorité palestinienne en France ; depuis, elle occupe ce poste auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg. Leïla Chahid est donc la digne représentante de la Palestine en Europe. Je ne peux alors que m’étonner qu’une dame qui occupe une telle fonction emprunte les transports en commun comme n’importe quel quidam. Deux jeunes femmes accourent soudainement vers elle et l’embrassent chaleureusement. Toutes trois échangent quelques mots en arabe puis se séparent en se faisant de grands signes. Je m’avance alors vers Leïla Chahid : « Si je puis me permettre, n’êtes-vous pas la représentante de la Palestine en Belgique ?« . Elle me fait alors un large sourire qui éclaire son visage bienveillant et me dit de sa voix reconnaissable entre toutes : « Oui, c’est bien moi ». Sensible depuis toujours à la cause palestinienne, pour laquelle il m’est arrivé de manifester par le passé, je lui dis alors que je suis de tout cœur avec elle et combien je partage ses idéaux et son combat pacifique pour un état palestinien libre et indépendant. « Il est temps que les Palestiniens aient leur pays », lui dis-je. Leïla Chahid me remercie vivement et me dit alors combien elle compatit à la douleur des Belges en cette journée de deuil national décrété en l’honneur des 22 écoliers tués dans l’accident d’autocar en Suisse. Pendant plusieurs minutes notre conversation tourne autour de ce drame épouvantable et des malheureuses petites victimes. Alors que le bus que nous attendons arrive, ne voulant me montrer davantage intrusif, je me sépare de Leïla Chahid en lui disant une nouvelle fois combien je suis sensible à son idéal et en lui souhaitant bonne chance pour la réalisation du projet cher à son peuple trop souvent opprimé. En la quittant, l’émotion me gagne. Je ne peux m’empêcher de penser à d’autres enfants, d’autres petites victimes, d’autres vies innocentes injustement éteintes sous le feu et écrasées sous les bombes d’un conflit qui n’a que trop duré.

Jean –Pierre Morales, 16 mars 2012.

Leïla Chahid a pris sa retraite en 2015 pour se consacrer à des actions culturelles pour la diaspora palestinienne. https://blogs.mediapart.fr/edition/palestine/article/150315/leila-shahid-je-pars-avec-tristesse-et-colere