Chakib Khelil, l’un des personnages politiques les plus controversés d’Algérie, est revenu le mois dernier à Alger après un séjour de plusieurs mois aux Etats-Unis. Après le repos et la remise en forme dans sa maison du Maryland, Chakib Khelil est revenu dans la capitale algérienne au moment où un remaniement ministériel est en cours de négociation au plus haut sommet du régime. Chakib Khelil, qui se contentait jusque-là de délivrer des discours sur sa page Facebook, a renoué avec les sorties de terrain et a animé deux conférences à Boumerdès et Khenchela.

Officiellement, c’est toujours pour parler de l’économie et des solutions qu’il faut apporter à la crise financière que Chakib Khelil s’exprime lors de ses conférences. Officieusement, l’ancien ministre de l’Energie qui a dirigé le secteur du pétrole algérien pendant plus de dix ans, de 1999 à 2010, rencontre des officiels dans les régions où il se déplace et fait sa démonstration de force en étant toujours accompagné d’un impressionnant dispositif sécuritaire. Chakib Khelil est même mieux protégé que les ministres actuellement en poste.

Depuis son retour au pays, un très fort lobbying tente d’obliger les décideurs de lui confier à nouveau une fonction importante au sein du gouvernement. Ahmed Ouyahia, qui a succédé dans des conditions troubles à Abdelmadjid Tebboune le 15 août dernier, souhaite procéder à un remaniement ministériel pour améliorer les performances de son équipe confrontée à la crise financière du pays. Et les conciliabules ainsi que les négociations pour ce remaniement prennent une tournure rocambolesque car la place à accorder à Chakib Khelil revient sans cesse sur le devant de la scène.
Si un fort courant au palais d’El-Mouradia se prononce en faveur du retour de Chakib Khelil aux commandes d’un ministère stratégique, un autre courant au sein du FLN et au sein de l’institution militaire, dont le DRS, ne cachent pas leur étonnement, voire leur refus. Ahmed Ouyahia est lui-même pour le moins hésitant, préférant, selon plusieurs sources, que Chakib Khelil hérite d’un poste important de conseiller à la présidence plutôt que de l’exposer à la tête d’un ministère stratégique au risque de choquer une opinion publique encore traumatisée par les scandales de corruption de Sonatrach et les dessous cachés de ces affaires scabreuses.

D’autres sources affirment qu’Ahmed Ouyahia est lui-même menacé et risque de revenir au RND pour préparer l’élection présidentielle de 2019. Son remplaçant pourrait même être… Chakib Khelil ! Pour l’heure, ce scénario demeure hypothétique et peu probable sauf si Saïd Bouteflika penche définitivement pour une reprise de contrôle totale du pouvoir par le clan présidentiel dont le cerveau économique et financier fut pendant longtemps l’emblématique Chakib Khelil. Les Algériens devraient y voir plus clair d’ici à janvier 2018.

Scander Salhi ( Maghreb Tntelligence )