Monsieur Abassi,

Votre chaîne de droit britannique Al Magharibya a diffusé le 8 novembre 2017 un reportage insultant, dégradant et déshonorant à l’endroit des jeunes femmes algériennes de la ville de Batna.

Le reportage en question, très tendancieux et partial, affirme d’emblée que ces jeunes femmes se seraient prostituées pour l’acquisition d’un logement social. Il n’apporte cependant aucune preuve mais se contente d’étayer ses propos par des témoignages recueillis à Batna par votre envoyé faisant office de correspondant. Force est de constater qu’aucune jeune femme ne faisait partie du panel des témoins sélectionnés avec soin par votre correspondant. Les témoins, des jeunes hommes, visiblement fort imprégnés des thèses du FIS, seraient, selon votre reportage, des demandeurs de logements frustrés de subir un refus systématique de la part du service public du logement de Batna.

Ni les jeunes femmes mises en cause ni les responsables du service du logement de Batna n’ont été sollicités par votre correspondant pour donner leur version.

Dans son micro –trottoir, votre correspondant fait dire aux interviewés que « les jeunes femmes célibataires de Batna obtenaient des logements en vendant leur corps » et qu’une « grande partie des logements à Batna était occupée par ces jeunes femmes moyennent paiement en nature ».

Les questions suggestives de votre correspondant ont été reprises textuellement, avec images à l’appui, par la voix off du journaliste qui présentait le reportage diffusé depuis le siège de votre télévision.

Monsieur,

Vous avez bafoué l’honneur et la réputation de ces jeunes femmes qui, depuis, rasent les murs de Batna par crainte d’être agressées car vous les avez pointées du doigt comme étant la cause de la crise du logement dans la ville.

Plusieurs femmes de Batna ont contacté notre rédaction depuis la diffusion de votre reportage pour nous signaler la recrudescence des agressions verbales et physiques à leur encontre.

Vous avez attenté à la dignité de ces jeunes femmes, déjà fragilisées par le machisme et la misogynie qui caractérisent la culture dont sont tributaires les hommes algériens.

Monsieur,

Au-delà de l’incitation à la division, à la violence et à la haine entre les hommes et les femmes du pays, au-delà de la provocation qui n’a fait qu’exacerber encore les frustrations des uns et des autres, votre télévision familière de ce type d’ignominie car elle n’en est pas à son premier coup d’essai, enfreint en toute impunité la déontologie journalistique. Elle est aussi passée outre les lois qui régulent l’audiovisuel britannique.

Il apparait clairement aujourd’hui que votre but n’est point d’encourager la liberté d’expression et le débat contradictoire, mais bien d’endoctriner davantage les jeunes Algériens et de les gagner aux idées rétrogrades du parti islamiste salafiste, le FIS, Front islamique du salut dont votre propre père Abassi Madani est le président. Votre but est de semer la fitnah dans la société algérienne déjà éprouvée par 10 ans de guerre civile (1988-1998) et de 17 ans de régime autoritaire (1999 à nos jours).

Le but de votre télévision est de pousser le peuple algérien aux troubles et à la sédition en espérant instaurer une république islamiste moyenâgeuse dont les premières victimes seront les femmes. Mais vous le savez, les Algériennes et les Algériens libres ont choisi : Ni peste ni choléra, ni un Calife islamiste ni une république monarchique, mais une démocratie moderne où l’état de droit règnera en maître absolu !

Pour ces raisons et beaucoup d’autres que je ne puis détailler dans cette lettre ouverte, je vous invite à présenter vos excuses officielles et publiques via votre chaîne de télévision aux jeunes femmes de Batna et à leurs familles pour avoir porté atteinte à leur dignité et entaché leur réputation.

Sachez aussi que depuis ce reportage rabaissant, des dizaines de consœurs et de confrères ainsi que des activistes des Droits de l’Homme, surveillent la programmation de votre chaîne afin d’alerter les organisations internationales des Droits de l’Homme de vos éventuels nouveaux dépassements.

Au travers de cette lettre ouverte qui vous a déjà été transmise en langue arabe, vous êtes invité à mettre un terme à cette lamentable affaire entre Algériens, faute de quoi le dossier sera transmis à l’OFCOM, Office of Communications, l’autorité régulatrice de l’audiovisuel britannique. Ce courrier ainsi qu’une copie du reportage en question seront alors versés dans ledit dossier. Nous informerions aussi les organisations internationales des Droits de l’Homme et si cette démarche amiable n’aboutissait pas, nous irions encore plus loin pour laver l’honneur des Algériennes et de leurs familles, bafoué par votre télévision.

Salutations,

Layla Haddad.