Un débat organisé sur Al Magharibya, la télévision du fils de l’ancien président du FIS, parti politique islamiste dissout, a failli virer au règlement de compte et à la vengeance par personne interposée.

Le souffre-douleur était Soufiane Djilali, le président de Jil Jadid, un parti agréé qui prône une démocratie moderne et une république laïque. Le bourreau, gonflé à bloc était Brahim Younessi, président de l’Union des Démocrates Musulmans, un parti non agréé qui prône la charia et la république islamique.

En terrain conquis, Brahim YounESsi monopolise le temps et l’espace

Brahim Younessi accuse Soufiane Djilali de putschiste, de complice de la tuerie de la décennie noire, d’homme de l’armée. « J’étais devant les chars, vous étiez derrière les chars… » s’écria Younessi essoufflé à l’endroit de Djilali de l’autre côté de l’écran. Ahuri Soufiane Djilali écoute sans mot dire ou plutôt sans pouvoir dire un mot via une médiocre connexion Skype. Plus rien ni personne ne pouvait arrêter la rage de B. Younessi, il fallait qu’il aille jusqu’au bout et le bout pour lui était impossible à atteindre en l’espace de quelques minutes. La coupe est pleine, la rancœur déborde, la peine dépasse l’expert attitré d’Al Magharybua, la douleur transcende son intelligence. C’est le souvenir de la perte d’un frère qui prend le dessus. Foudil Younessi, frère et compagnon de lutte a été enlevé, écroué, torturé, mort et déterré 20 ans plus tard sans certificat de décès. Foudil Younessi fut membre de l’ex FIS.

Soufiane Djilali, ahuri par les attaques, accuse le coup

Soufiane Djilali accuse le coup, tente vainement de s’expliquer, mais défavorisé à plus d’un titre. Techniquement d’abord, il se trouvait à mille lieux du studio de télévision pendant que B. Younessi assis confortablement dans son fauteuil à l’intérieur du studio. Politiquement ensuite, B. Younessi en terrain conquis a l’avantage de s’exprimer sans pression, puisque Al Magharibya est le porte-voix du Front Islamique du Salut dissout, ce qui désavantage affreusement S. Djilali, lui qui croit dur comme fer que l’Islam en tant que foi ne peut offrir de prise à des jugements de contemporanéité : « Il n’y aura pas de retour d’un islam idéologisé », écrira-t-il dans son livre «  Choc de la modernité et crise des valeurs et des croyances » . Et enfin, Soufiane Djilali comme tous les opposants laïques, devait ménager Al Magharibya pour ne pas se voir exclu d’un espace d’expression dit libre que lui offre la chaîne.

Il faut dire que la question du choix de s’exprimer sur une télévision qui ne cache pas ses visées est justifié par l’absence d’autres canaux d’expression libre. Pour paraphraser Abane Ramdane, un opposant démocrate dira « Donnez-moi une télévision libre laïque, j’abandonnerais Al Magharibya ».

Soufiane Djilali s’était –il interrogé après cet incident sur la possibilité pour l’opposition de se cotiser pour lancer un média audiovisuel laïque libre ? Va-t-il mettre un trait sur sa participation aux débats de la chaîne d’ Abassi Madani ?  Y’ a-t-il eu une prise de conscience de la gravité des thèses du FIS ? CNP NEWS reviendra prochainement sur ce sujet.

CNP NEWS.