L’ancien Premier ministre a déclaré que la communauté internationale aurait dû essayer de convaincre la faction islamique militante de «dialoguer» sur son refus de reconnaître Israël

Tony Blair a déclaré pour la première fois que lui et d’autres dirigeants du monde avaient tort de céder à la pression israélienne pour imposer un boycott immédiat du Hamas après que la faction islamique ait remporté les élections palestiniennes en 2006.

En tant que Premier ministre à l’époque, Blair a fortement appuyé la décision – menée par la Maison Blanche de George W. Bush – d’arrêter l’aide à l’Autorité palestinienne, de couper les relations avec le Hamas, de renoncer à la violence et respecter les accords antérieurs entre ses prédécesseurs du Fatah et Israël. L’ultimatum a été rejeté par le Hamas. Les élections ont été jugées libres et équitables par les observateurs internationaux.

La communauté internationale aurait dû essayer de  » dialoguer avec le Hamas ».

Blair, qui est devenu l’envoyé du quartet du Moyen-Orient – composé des Etats-Unis, de l’UE, de l’ONU et de la Russie – a déclaré que la communauté internationale aurait dû essayer de  » dialoguer avec le Hamas ». Le boycott et le blocus économique d’Israël sur Gaza, qui a commencé l’année suivante, sont toujours en vigueur aujourd’hui. Un rapport de l’ONU il y a deux ans a dit que les effets combinés du blocus et des trois offensives militaires menées à Gaza par Israël depuis 2009 pourraient rendre le territoire «inhabitable» d’ici 2020. Les conditions humanitaires se sont nettement détériorées depuis la rédaction du rapport.

Interviewé pour son nouveau livre sur Gaza » : « Preparing for Dawn, out later this month », « Se préparer à l’aube, au plus tard ce mois-ci », Blair a déclaré : « En y pensant, nous aurions dû, dès le début, essayer de dialoguer avec le Hamas et changer de position. Je pense que qu’avec le recul, c’est cela qu’il fallait le faire. »

« Mais évidemment c’était très difficile, les Israéliens étaient très opposés. Mais vous savez que nous aurions probablement pu trouver un moyen d’y parvenir- ce que nous avons finalement fait de toute façon, de manière informelle. »

Blair n’a pas précisé les relations « informelles » ultérieures avec le Hamas, mais il semble se référer aux contacts clandestins entre le MI6 (Military Intelligence, section 6) et les représentants du Hamas pendant et peut-être après l’enlèvement du journaliste Alan Johnston par un groupe extrémiste fondamentaliste en 2007.   Johnston a été libéré effectivement après de fortes pressions sur Hamas par le gouvernement de fait.

Blair a tenu au moins six longues réunions privées avec Khaled Meshaal, le chef du bureau politique du Hamas

Depuis qu’il a quitté son poste du Quatuor, M. Blair a tenu au moins six longues réunions privées avec Khaled Meshaal, le chef du bureau politique du Hamas, et son successeur Ismail Haniyeh, pour explorer un éventuel cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Mais le blocage international des contacts officiels avec le Hamas a érodé l’influence occidentale dans la région, a augmenté l’isolement et la souffrance des habitants de Gaza et a aidé à pousser la faction dans les bras de l’Iran et tout cela sans la déloger de son contrôle sur Gaza disent les critiques.

La réinterprétation d’une question clé de politique étrangère par Blair est apparue alors que le Hamas et le Fatah se lancent dans un nouvel effort en Egypte pour mettre fin au schisme entre les deux factions après un accord de réconciliation signé au Caire la semaine dernière. La scission a été déclenchée par la brève mais sanglante guerre civile de 2007 à Gaza qui a laissé un Hamas victorieux en charge de l’enclave côtière et le président Mahmoud Abbas dirigeant l’Autorité Palestinienne dominée par le Fatah et basée en Cisjordanie

la stratégie du Quartet était une terrible erreur !

Jonathan Powell, l’ancien chef de cabinet de Blair à Downing Street, a également interviewé dans le livre, en allant plus loin, en disant que la stratégie du Quartet était «une terrible erreur». Les négociations avec le Fatah seul – longtemps promues par les États-Unis – signifiaient que «vous devez faire une concession au Fatah, alors vous devez faire une nouvelle concession au Hamas par la suite. Vous voulez avoir une négociation, pas deux … Si vous avez une équipe palestinienne unie à négocier, alors la vie aurait été beaucoup plus facile.

Le livre cite également des documents internes de Whitehall de janvier 2006, obtenus en vertu de la loi sur la liberté d’information, qui prévient immédiatement après les élections palestiniennes contre l’ostracisassion de la nouvelle autorité dirigée par le Hamas. Une minute très éditée par le Département pour le développement international souligne qu’Israël et le Hamas coopéraient déjà au niveau municipal et suggéra qu’il serait difficile à court terme pour le Hamas de renoncer à «son engagement à détruire Israël et son soutien au terrorisme « . Au lieu de cela, il a suggéré que «finalement, la participation du Hamas aux réalités de la responsabilité politique pourrait amener la transformation du Hamas en une organisation politique plutôt que terroriste».

Un « e-gramme » du ministère des Affaires étrangères bruxellois cite un haut responsable de la Commission européenne, affirmant qu’un million de Palestiniens dépendaient directement et indirectement du financement de l’UE. Le rapport ajoutait : « Le retirer aurait des conséquences dramatiques.

 Traduction : CNP NEWS, Source : The Guardian