Grâce aux réseaux sociaux, les médias grand public ne peuvent plus cacher ce qui se passe. Mais ils peuvent tenter de contrôler notre perception des événements. Ce qui s’est passé hier en Catalogne est que des forces paramilitaires ont attaqué des électeurs qui tentaient de voter. Nombre de médias grand public ont décidé d’appeler les électeurs des « manifestants » plutôt que des électeurs. Donc, la prochaine fois que vous vous rendrez aux urnes, apparemment, ce que vous ferez s’appelle « manifester ».

Référendum catalan : Selon les séparatistes, le vote pour l’indépendance atteint 90% après des scènes de violence

De la part de journalistes grand public professionnels, ce type de distorsion à travers la manipulation du langage est absolument délibérée. Dans une situation où des milliers d’électeurs pacifiques ont été brutalisés, est-ce que quelqu’un peut trouver une seule manchette, dans les médias grand public, qui attribue la responsabilité de la violence à ses vrais auteurs ? [NdT : Même le Monde, qui a fait un travail à peu près correct, parle « d’affrontements ».]

Nous avons eu un titre du Guardian, le 2 octobre à 10h29. Les gens qui l’ont écrit sont des professionnels des médias hautement éduqués. Une lecture rapide induira le lecteur en erreur ; c’est absolument délibéré.

Soutenir la position de l’Establishment face à une réalité qui la contredit s’est avéré poser des problèmes particuliers pour les illustrations. Le Daily Telegraph a publié toute une série de photos dont les légendes flirtent avec les limites des possibilités des techniques de mensonge.

La population se heurte aux gardes de la Guardia Civil espagnole

Notons que la légende attribue la responsabilité des « heurts » à la population. « La population se heurte à la Guardia Civil espagnole…. » Mais la photo montre quelque chose de très différent, une électrice maltraitée par un policier.

La police nationale anti-émeutes forme un cordon de sécurité autour de l’école Ramon Llull

Ce que la police fait en réalité est d’empêcher des électeurs d’entrer dans un bureau de vote, et non d’empêcher des émeutiers d’attaquer une école, ce que l’on pourrait conclure d’une lecture rapide de la légende.

Des pompiers tentent de retenir un groupe de gens devant des officiers de la Guardia Civil, à l’extérieur d’un bureau de vote de San Julia de Ramis

En fait, sur le chemin d’un bureau de vote, des pompiers tentent de protéger la population des paramilitaires. Les pompiers ont été attaqués par la Guardia Civil peu après la prise de cette photo.

Sky News, toutes les demi-heures, a répété un mantra selon lequel le gouvernement catalan argue d’un mandat pour l’indépendance « après un référendum marqué par des violences », encore une fois sans établir le cause des violences. En général, toutefois, la couverture de Sky News a été bien meilleure que celle de la BBC ; celle d’Al Jazeera a été excellente.

Je pense très sincèrement que si les réseaux sociaux n’avaient pas été là, les médias grand public britanniques n’auraient que très peu couvert l’événement.  Ceci est une leçon de choses sur la façon dont les médias grand public continuent à produire des fake news à l’ère du journalisme citoyen. Ils n’ont plus le monopole du flux d’informations brutes ; ce qu’ils peuvent faire, en revanche, est tenter de déformer la perception de ce que les gens voient.

Traduit de l’anglais /Tlaxcala

CNP NEWS.