Moins de 24 heures après avoir appelé les Algériens à la révolution, Noureddine Boukrouh, semble décidé à croiser le fer avec la présidence et ses relais.

En effet, et dans une déclaration sur sa page Facebook, il accuse Saïd Bouteflika et Ahmed Ouyahia de vouloir le salir, engageant des poursuites judiciaires dans le but de le faire taire.

Il commence par expliquer que « mercredi 13 septembre 2017, le porte-parole du Rassemblement national domestique (RND) s’indignait dans une émission sur la chaîne officieuse de la présidence de la République, « Ennahar TV » que « la justice, qui se met d’habitude en branle pour beaucoup moins que ça », n’ait pas encore ouvert une procédure judiciaire contre ma personne au motif que j’aurais porté atteinte à un « symbole de l’Etat », le président de la République. »

Il cite ensuite que le « samedi 16 septembre 2017, c’est un site électronique réputé proche de la présidence de la République qui rapporte que cette dernière se prépare à me poursuivre en justice sur la base de l’article 144 bis du code pénal afférent à l’offense à la personne du chef de l’Etat. »

Pour Noureddine Boukrouh, « le président de l’Assemblée nationale qui, dans un discours en plénière (ce dimanche 17 septembre) a cru devoir fustiger ceux qui s’en prennent aux « symboles de l’Etat » sans me nommer, mais toute l’assemblée avait compris. Tout cela ne relève pas du hasard, mais d’une offensive concertée. »

Il s’en prend ensuite à Saïd Bouteflika et à Ahmed Ouyahia qu’il désigne comme étant derrière les manœuvres enclenchés à son encontre. « Entretemps, et depuis une quinzaine de jours, de petits, moyens et grands médias connus pour être des marionnettes entre les mains de Saïd Bouteflika et Ahmed Ouyahia, en échange de la publicité étatique, se dépensent en infamies, insultes, accusations et diffamations non seulement contre moi mais contre ma famille jusqu’à mon vénérable grand-père décédé il y a près de quarante ans, et qui aurait été, selon ces crapules, un « gaïd ». »

L’ancien ministre déclare ne pas croire à la justice algérienne et c’est la raison qui le pousse à ne pas porter plainte.

« Vais-je pour autant les poursuivre en justice ? Non ! Car quel tribunal de notre pauvre pays accepterait une plainte contre la présidence de la République et le Premier ministère d’où partent ces ordres et ces « informations » ? Quel média, pour ne prendre qu’un exemple, connaît l’identité de ceux qui rédigent les discours du Président ? Or l’un d’eux a donné les noms de deux conseillers justes pour nier que moi je lui en aurai écrit. Seul Saïd Bouteflika ou Ouyahia peut avoir divulgué ces noms.

Quant à moi, je revendique sur ce petit point sans importance le témoignage du secrétaire personnel du Président, M. Rogab, et celui de M. Benflis au temps où il était directeur de cabinet du Président. Le feront-ils ? Au fait, je n’ai plus eu de nouvelles de ce général-major surgi du néant le temps de me faire la leçon sur le courage avant de disparaître après ma réponse comme s’il avait été avalé par la terre. Ni il s’est excusé, ni il a poursuivi son élan de redresseur de torts, les seuls qu’il a cru voir en moi. »

Monsieur Boukrouh affirme que des procédures judiciaires à son encontre sont imminentes. « Je m’attends donc en toute logique à ce que d’un moment à l’autre tombe un communiqué du Parquet annonçant à l’opinion publique plus ou moins préparée par ces trois relais l’ouverture d’une procédure judiciaire contre moi dans le but de me faire taire et de casser l’initiative politique que j’ai lancée.

J’ai vécu en juin 1998 un scenario semblable, sauf qu’en ce temps-là ce n’étaient pas le Président en personne et un de ses frères qui couraient après moi, mais juste le général Betchine, créateur du RND. Ouyahia était chef du Gouvernement et le président de l’Assemblée nationale, qui avait fait des déclarations contre moi en plus méchant que l’actuel, était Bensalah.

Les présidents de la République passent, le personnel de service demeure. Ce sont eux les « constantes de la nation » …

La police était venue me chercher de mon bureau au siège du PRA pour me conduire au commissariat central où j’ai été interrogé pendant deux jours.

Dans une affaire judiciaire de ce genre, il y a d’un côté le plaignant (personne physique, morale ou représenté par le ministère public) qui a subi un préjudice moral ou matériel, et de l’autre l’auteur du préjudice. »

En vieux roublard de la politique, Boukrouh fait les scénarios probables en cas de son inculpation et les tournent à son avantage. « L’accusation qui m’est adressée repose sur mes écrits où j’envisageais l’hypothèse, au vu de ce qui s’est passé en août dernier (manière dont a été limogé Tebboune), que le président de la République ne serait pas seulement malade physiquement, mais aussi mentalement.

Le tribunal qui aura à me juger devra établir si mes déclarations sont fondées ou non, si elles relèvent du jugement de valeur offensant ou, au contraire, d’un jugement de réalité qu’un citoyen, et a fortiori un homme politique, est en droit d’émettre quand elles ne sont pas dictées par des motivations personnelles, mais par l’intérêt général.

Sur quelles bases le fera-t-il ? En s’en tenant au ouï-dire ? A ce qui se dit sur le « très bon état physique et mental » du chef de l’Etat ? Ce n’est pas une preuve matérielle ou testimoniale aux yeux du droit, mais juste une rumeur » s’interroge Noureddine Boukrouh. « Or le juge ne peut pas requérir la présence du plaignant, ni procéder à une confrontation entre les parties étant donné la qualité et l’état physique de la partie qui s’estime lésée. La seule manière qui reste de prouver que ce que j’ai dit est faux est de constater l’état du plaignant en s’aidant de l’expertise médicale à laquelle je pourrais opposer une contre-expertise, argumente encore l’ancien président du PRA.

« Dire le non-droit »

« Il me semble que c’est comme ça que ça se passe dans les tribunaux, sauf si notre justice « indépendante » sera encore une fois instrumentalisée pour dire le non-droit et condamner un innocent parce que le calife l’a ordonné. Je n’accepte pas que notre pouvoir, après avoir recouru au « financement non conventionnel » recoure à la justice non conventionnelle ». » analyse Boukrouh.

Puis il s’interroge : « Sans être médecins ou magistrats, nous savons tous qu’une maladie lourde peut déteindre sur le moral et le mental. Est-ce attenter à la dignité d’une personne que de décrire son état au vu de sa condition réelle et de son comportement ? Qu’a à voir un diagnostic médical avec le respect ou l’irrespect ?

Je peux même aller plus loin : un chef d’Etat en possession de ses esprits ne viole pas la constitution pour s’accorder deux mandats auxquels il n’avait pas droit avant de rétablir, après le quatrième, leur limitation à deux. Même si la nation a laissé faire. Un homme dans sa situation ne devrait pas être à de telles fonctions alors qu’il compte y rester jusqu’à la limite de sa vie, ce qui est en soi une preuve d’altération mentale.

Cela fait des années qu’on l’entrevoie à peine et ne l’entend guère. Il n’est plus en mesure d’assurer les lourdes responsabilités dévolues à un « symbole de l’Etat ». Avec lui, c’est l’Etat qui n’est plus qu’un symbole et est tombé entre des mains inconnues ; c’est la nation qui est malade de la maladie du « symbole ».

CNP NEWS, en collaboration avec Le Matin d’Algérie.