Monsieur le Chef de gouvernement,

Je voudrais commencer cette lettre par vous féliciter pour votre maintien à la tête du gouvernement et pour l’approbation du remaniement ministériel opéré hier auprès de l’ARP.

En dépit de l’état catastrophique dans lequel se trouve le pays, aussi bien sur le plan économique que social, et malgré l’état général de désespoir qui gagne les Tunisiens chaque jour davantage, nous osons espérer qu’avec ce énième changement, la gouvernance sera meilleure et les priorités seront considérées.

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous dire que la configuration de votre nouveau gouvernement ne nous a nullement étonnées : elle continue à obéir aux mêmes répartitions des contingents partisans, abstraction faite de la compétence et surtout de l’efficience, car là il y a une grande différence !

Ce qui est désolant par ailleurs, c’est votre manque de parole, votre manque d’engagement et votre manque de persévérance dans la mise en place de notions constitutionnelles autour desquelles vous avez promis mont et merveille : LA PARITE ! Monsieur le chef du gouvernement : Où sont les femmes dans votre équipe ? Où sont-elles disparues ? Pourquoi les avez-vous occultées ? Comment avez-vous procédé pour les éliminer ?

Devrais-je vous rappeler qui a œuvré pour renverser la vapeur et vous hisser votre parti, votre président et par conséquent vous-même dans les postes où vous êtes ?

Devrais-je vous rafraichir la mémoire quant aux pourcentages des compétences féminines dont regorge notre pays dans tous les secteurs ?

Êtes-vous au moins au courant, si vous voulez combattre la corruption et la malversation, que le corps qui a à charge cette lourde tâche : la justice, renferme au moins 30% de magistrats femmes ?

Éclairez notre lanterne sur votre processus de sélection ? N’avez-vous eu aucun CV de femme portant un projet intéressant pour le pays ou avez-vous trouvé qu’elles ne répondent pas aux critères des compromis compromettants ?

Avec la configuration que vous avez présentée hier, vous avez signé votre désengagement d’une cause pour laquelle votre grand-mère même, feu Radhia Hadded a consacré sa vie.

Il serait difficile pour le reste de croire que vous pourriez révolutionner le pays avec des réformes voire des refontes qui nous sortiraient du marasme actuel surtout après la perte de 70 places dans le classement BALE III quant au blanchiment d’argent et ce durant votre règne d’une année (2016-2017).

Messieurs les présidents du Gouvernement, de la République, du Parlement et des partis politiques : La parité et l’égalité sont des obligations CONSTITUTIONNELLES et vous êtes très loin du compte !

Enfin, et comme l’a si bien dit Karl Marx, Radhia Allahou 3anhou : « Les philosophes jusqu’à présent n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses façons : il s’agit maintenant de le transformer ».

Contre vent et marées, les femmes et les jeunes opèreront cette transformation et sauveront notre pays par la force de leur volonté et leur persévérance !

Sana Fathallah Ghenima, militante des Droits des femmes