Par Mohsen Abdelmoumen

Quand Ahmed Ouyahia a scandé avec cynisme « vive l’oligarchie algérienne !» lors d’une activité de son parti, personne à ce moment-là n’avait deviné ce que cela signifiait réellement. Maintenant que les masques sont tombés, qu’il s’est révélé le seul et unique soutien d’Ali Haddad, dépassant en cela Saïd Bouteflika qui, lui, n’a pas de projet politique, Ahmed Ouyahia étale ses ambitions au grand jour. En défendant Ali Haddad d’une manière directe alors que celui-ci est coupable, entre autres, du fiasco du Forum africain d’investissements et d’affaires d’Alger, véritable mascarade qui n’a rien rapporté mais a coûté beaucoup à l’État, il dévoile son plan pour accéder à la fonction suprême, c’est-à-dire devenir président de la République. L’affaire Haddad a donc eu le mérite de révéler qui est le chef des oligarques en Algérie : Ahmed Ouyahia. La force qu’il utilise est celle de l’argent sale. Il se montre en pleine lumière comme étant celui qui tire les ficelles, bien planqué à la présidence, et qui travaille dans le sillage cahotant d’un Bouteflika malade pour accéder à la fonction suprême. Sachant qu’il est impopulaire et qu’il ne fait pas le consensus au sommet de l’État, qu’il est rejeté par le peuple et par certains militaires, la seule manœuvre qui lui restait était de tabler sur la force de l’argent sale qui a intégré son parti en masse à l’image du FCE d’Ali Haddad dont les membres siègent au RND et dont certains se sont rendus nombreux au dernier conseil national qui s’est déroulé ce week-end à Zéralda. Comment expliquer autrement le soutien d’Ouyahia à Haddad alors que ce dernier a provoqué un incident majeur devant toute l’Afrique et devant toute la planète, ce qui constitue un scandale politico-diplomatique au cours d’un forum où des personnalités indésirables ont été invitées ? Ce forum fut un échec cuisant car aucun patron africain d’envergure n’était présent et tout le monde a vu la mascarade en full HD, avec la sortie du Premier ministre qui s’est retiré de la salle, suivi par ses ministres, en plein baragouinage d’Ali Haddad, lequel avait fait fi du protocole en s’arrogeant le droit de bafouiller son discours dans un français approximatif, c’est le moins que l’on puisse dire, avant que les ministres concernés ne fassent leur allocution. Cette comédie a terni un peu plus l’image de l’Algérie, déjà peu reluisante, aux yeux de l’étranger. Depuis ce carnaval, personne ne donnait cher de la peau d’Ali Haddad et tout le monde le croyait mort, mais c’était sans compter sur ceux qui l’utilisent pour d’autres visées. Le maintien de Haddad au FCE ne peut être lu que dans cette optique.

Ali Haddad, ce personnage est un kleenex au service d’un plan plus important que sa misérable personne

Pour ceux qui considèrent que Haddad est sorti vainqueur de quoi que ce soit, surtout la presse sans honneur qui tapine pour ce sinistre énergumène, il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus, car ce personnage est un kleenex au service d’un plan plus important que sa misérable personne. Pour info, lui-même ignorait quel serait son sort, et il a attendu un coup de téléphone jusqu’au dernier moment, comme Saïdani. Son destin ne tenait qu’à un coup de fil, mais les enjeux de ce type dépassent de vulgaires voleurs de sable comme Haddad. Dans d’autres circonstances, un pouvoir doté d’un minimum d’intelligence aurait sauvé les apparences en mettant Ali Haddad au placard, quitte à lui laisser ses affaires intactes, mais ce n’est pas la méthode du régime actuel.

Face à ce plan, le pouvoir de Saïd Bouteflika s’en trouve réduit à une peau de chagrin. Lui, l’affairiste sans aucune envergure politique, se fait cocufier par Haddad et Ouyahia en même temps ! Quel retournement ! Si le nom de Saïd Bouteflika comme appui était tellement évident, Ali Haddad, le voleur de sable, n’étant que son prête-nom, la sortie d’Ouyahia quant à elle a démontré que Haddad et les oligarques ne comptent pas seulement sur le soutien du frère du président. Non, leur principale caution n’est autre qu’Ahmed Ouyahia qui ne protège pas les oligarques pour rien. Car qui connaît mieux qu’Ouyahia l’art de renvoyer l’ascenseur ?

Ouyahia est en train de se forger une posture présidentielle tout en douceur

Même si l’option du 5è mandat se confirme, Ahmed Ouyahia aura constitué la première force politique du pays avec les oligarques. Donc, dans tous les cas de figure, Ouyahia sera incontournable. Les oligarques ont désormais un parti politique et un personnage-clé au sein de la présidence de la République, à savoir un chef de cabinet, poste stratégique en l’absence du président à cause de sa maladie. Il ne reste à Ouyahia qu’à chercher le consensus auprès des décideurs de l’armée pour être l’homme de l’après-Bouteflika, appuyé par le clan de l’argent sale qui a maintenant son poids en Algérie, grâce à la corruption et à l’argent détourné durant le règne de Bouteflika qui a permis le renforcement du clan des oligarques devenu un ogre insatiable aujourd’hui. Ainsi donc, à l’ombre de Bouteflika affaibli, Ouyahia est en train de se forger une posture présidentielle tout en douceur, néanmoins le cas tumultueux d’Haddad et de son FCE ont dévoilé ses ambitions au grand jour lorsqu’il n’a pas hésité à qualifier Ali Haddad el goudrone d’ami », lui qui n’en jamais eu. Si nous affirmons cela, c’est parce que nous connaissons l’individu. Si, effectivement, il y a bien eu une rencontre entre le général Toufik et Bouteflika a Zéralda, elle n’a débouché sur aucun accord, ni aucune feuille de route. C’est Ouyahia et son clan d’oligarques qui sont derrière la rumeur du retour du général Toufik. Les anciens du DRS comme l’armée n’ont aucun intérêt à cautionner le processus assassin des oligarques. Ouyahia drague ce qui reste de l’État profond pour que son plan se déroule sans risque et cherche désespérément un consensus oligarchie-armée, ce qui n’est pas possible car Ouyahia n’a pas la fidélité de l’armée. À vrai dire, il ne fait pas le consensus au sein de l’armée et des services. En accédant à la présidence, il utilisera l’État profond contre les oligarques et vice versa pour affaiblir les deux et en sortir renforcé. Non, Ouyahia, tu ne fais plus partie de la maison depuis longtemps, parasite ! Et te combattre est un devoir. Quant à tes regrets concernant le cas tragique de notre confrère – je préfère le mot « frère » (le con, je le laisse à tous les rentiers de la vache des orphelins) – Mohamed Tamalt massacré dans une prison algérienne, je me fous de tes excuses hypocrites, Ouyahia. Qu’as-tu fais, toi, le chef des cabinets, pour empêcher cette tragédie ? Rien ! Ni toi, ni personne, et je reviendrai avec les détails sur cette affaire qui nous a meurtris et a achevé le sourire de Ben M’hidi. Qui vivra verra, bande de traitres ! Pour les larmes de la mère de Tamalt, je vais vous faire payer, bande de lâches et d’eunuques !

Ali Haddad était l’un des premiers à payer des rançons aux terroristes et pactisait avec eux en leur versant de l’argent pour pouvoir continuer son bizness

Pour revenir au cas Haddad, ce bougre d’idiot s’est révélé instable et porteur de risques, mais Ouyahia n’a pas hésité à parler le langage des oligarques : « il est mon ami, il doit rester au FCE » etc. Lecture supplémentaire, en épousant ce genre de langage qui n’a rien de celui d’un chef d’État, Ouyahia, à force de fréquenter le clan de l’argent sale et son associé Takhout, communique à leur manière et comme ils sont prévisibles, il l’est aussi. Rappelons que les « amis » sur lesquels s’appuie Ouyahia, à leur tête Ali Haddad qui a déclaré qu’il ne faisait pas de politique, et d’autres noms que l’on connaît, ont constitué leur fortune pendant la décennie rouge, quand le peuple se faisait égorger par un terrorisme sanguinaire. Il faut se souvenir qu’Ahmed Ouyahia a fermé les entreprises publiques qu’il a vendues à ces mêmes oligarques au dinar symbolique et qu’il a incarcéré des milliers de cadres compétents, propres et honnêtes, dont certains ne s’en sont jamais remis. On peut citer le cas Cosider, fleuron du bâtiment algérien avalé par Haddad au dinar symbolique, dont l’ex PDG Taghit, paraplégique depuis l’attentat qui l’a ciblé parce qu’il refusait des transactions douteuses dont celles du rond à béton radioactif importé d’Ukraine. Parlons donc de ce rond à béton importé dans lequel Ouyahia est impliqué directement et qui a donné le cancer à des milliers d’Algériens qui continuent à souffrir jusqu’à aujourd’hui. Souvenons-nous du séisme de Boumerdès de 2003 qui a fait 2 266 victimes et plus de 10 000 blessés parce que de nombreux bâtiments construits avec ces mêmes ronds à béton se sont écroulés. Oui, le chantre de l’oligarchie a du sang sur les mains. Si l’on opère ce rappel historique, c’est pour montrer que ce pouvoir de l’argent sale mélangé au sang algérien n’a pas cessé de se renforcer insidieusement depuis des années. Ces mêmes individus qui portent Ouyahia aujourd’hui étaient liés au terrorisme, et il faut savoir qu’Ali Haddad était l’un des premiers à payer des rançons aux terroristes et pactisait avec eux en leur versant de l’argent pour pouvoir continuer son bizness. N’est-ce pas Ahmed Ouyahia qui a reçu un émir de l’AIS qui a avoué avoir tué un jeune appelé de l’ANP de ses propres mains ? Et l’on a même offert à ce criminel le titre honorifique de « personnalité nationale » ! Si Ouyahia flirte avec les anciens terroristes, il n’en est pas de même avec les binationaux, ses plaidoyers contre l’immigration démontrant sa crainte des Algériens vivant à l’étranger, parce qu’il a peur de l’histoire de l’Algérie et de son mouvement national.

Un putsch graduel tout en finesse des oligarques s’opère sans faire de bruit

Un putsch graduel tout en finesse des oligarques s’opère sans faire de bruit, visant à s’emparer des assemblées et de la présidence. Tout est réglé comme du papier à musique, Ouyahia attend son heure et il sait qu’il n’a aucune chance tant que Bouteflika est vivant. Il se prépare à une éventuelle sortie de la scène de Bouteflika pour pouvoir le remplacer en se positionnant comme atout en servant la cause des uns et des autres. Bien évidemment, le RND profitera des crises multiples du FLN pour remporter l’élection législative qui sera marquée certainement par une abstention majeure. Ouyahia a tout prévu, excepté certains aléas qu’il va rencontrer et qui vont certainement fausser totalement son calcul. L’ennemi n° 1 d’Ouyahia restera le peuple. Il essaiera de convaincre tout le monde mais n’y arrivera jamais avec le peuple, car Ouyahia et le peuple sont inconciliables. Le projet criminel de l’oligarchie d’affamer les Algériens via la loi de finance 2017 s’insérant dans un programme présidentiel quinquennal 2014-2019 inexistant, porte son empreinte et il faut que lui et ses oligarques s’attendent à un retour de bâton. D’ailleurs, comment peut-on élaborer une loi des finances en se basant sur un programme présidentiel quinquennal qui n’existe pas ? Et dieu sait si on l’a cherché, ce programme ! De ce fait, la loi de finances 2017 est caduque. CQFD.

Si la consécration des oligarques et d’Ahmed Ouyahia comme force principale de l’Algérie se réalise, ce sera l’effondrement du pays.

Tel Icare, Hmimid Ouyahia, le petit rejeton du Clos-Salembier renié par sa propre mère, a voulu voler très haut et il risque fort de se brûler les ailes et d’emporter dans sa chute le clan des oligarques, ce qui sera une bonne chose pour l’Algérie. La force de l’argent sur laquelle s’appuie Ouyahia est caractérisée par le fait qu’elle ne réfléchit pas aux conséquences de ses actes, qu’elle est constituée par des fonceurs brutaux, des aventuriers cyniques et insatiables, sans principes ni états d’âme, qui ne produisent rien et qui vivent des commandes de l’État, champions de l’import-import, rentiers, de véritables parasites aveuglés par le gain et le pouvoir, à l’image de leur chef Ahmed Ouyahia. Ils utilisent la ruse à défaut d’intelligence et ne s’embarrassent pas de soigner la forme. Tel est le nouveau pouvoir né sur les décombres du règne désastreux d’Abdelaziz Bouteflika. L’Algérie connaît le pire moment de son histoire et si la consécration des oligarques et d’Ahmed Ouyahia comme force principale de l’Algérie se réalise, ce sera l’effondrement du pays. Pour cela, neutraliser Ouyahia et les oligarques est une exigence historique. Aux forces vives de la nation de bouger où qu’ils se trouvent, dans l’armée, le peuple, les syndicats. Un sursaut national doit s’opérer sinon l’Algérie disparaîtra. Ouyahia et son clan sont les fossoyeurs de l’Algérie, stoppons-les !

Mohsen Abdelmoumen.