Djamel Guessoum est né en France de parents algériens originaires d’Oued Souf. Il est connu en France pour s’être investi dans l’éducation publique avant de devenir la référence en matière d’expertise de la prévention de la radicalisation. L’homme aime relever les défis, il se lance dans l’audiovisuel en créant la première chaîne de télévision algérienne, Canal France-Algérie, gérée exclusivement par des Algériens nés en Europe.

 Interview :

 L.H : Qu’est-ce qui distingue votre télévision, ‘Canal France Algérie’, des dizaines d’autres chaînes algériennes basées en Algérie ou à l’étranger ?

 Djamel Guessoum : Ce qui distingue ‘Canal France Algérie’ des autres chaînes algériennes basées en Algérie ou à l’étranger, tient à plusieurs éléments. D’abord, notre télévision est le premier média audiovisuel fondé par un Algérien né en France, en l’occurrence moi-même. Ensuite, les équipes éditoriales et techniques sont en grande partie des Algériens nés en France, mais la chaîne s’adresse bien entendu aux Algériennes et Algériens des 5 continents. Elle cible, grâce à une programmation riche et variée, les concitoyens âgés entre 7 et 77 ans. Nous focaliserons davantage sur la diaspora algérienne d’Europe, d’Amérique du Nord, du Canada ainsi que le Proche et Moyen Orient. Je note par ailleurs que les télévisions algériennes publiques comme privées qui diffusent depuis l’Algérie ou l’étranger sont boudées par les jeunes algériens nés en France, ce qui constitue pour nous une véritable niche.

Son lancement officiel sur Internet a eu lieu en Mars dernier, à quand la diffusion par satellites et câbles ?

 Le choix des opérateurs satellites est à ce jour en cours d’évaluation. Nous avons présélectionné Nilesat, Arabsat et Yasat. La diffusion par satellite est prévue pour le 1er octobre 2017. En ce qui concerne la diffusion via les opérateurs ADSL tels que Free, SFR, Bouygues, Orange et Numéricâble, s’étalera sur une période de trois mois à compter du 1er octobre 2017.

Un mot sur la grille des programmes ?

Comme vous le savez, la grille des programmes, et son agencement est un élément clé de la stratégie d’une télévision. Elle est déterminante pour l’audience. Nous avons opté pour une programmation éclectique et équilibrée. Elle sera organisée autour de plusieurs thématiques (art, culture, sports, histoire, société et news), sous forme de magazines, d’émissions de débats, de capsules innovantes. Des concepts qui cadrent avec les attentes des téléspectateurs avec une touche fraiche et jeune puisqu’on mettra un accent particulier sur la jeunesse.

L’incontournable question : Comment est financée votre chaîne ?

Je suis à ce jour le seul financeur. C’est un choix assumé que de lancer la chaîne sans financements extérieurs. Néanmoins, j’ai été approché par des groupes d’intérêts nationaux et internationaux qui m’ont exprimé leur souhait de contribuer au financement de la chaîne. Je profite de cet espace pour lancer une invitation à d’autres investisseurs et au moment opportun, j’ouvrirai le capital aux actionnaires intéressés. J’ai à cœur ce magnifique challenge que je relèverai aux côtés d’Algériennes et Algériens qui se reconnaissent dans cette belle aventure.

Quels sont les défis à relever à court et moyen termes ?

Les défis à relever sont de plusieurs ordres : Asseoir d’emblée une chaîne quadrilingue n’est pas chose facile mais c’est un défi que mon équipe et moi –même entendons relever. Il s’agira des langues, arabe, amazigh, français et anglais. Satisfaire les attentes de toutes les catégories des téléspectateurs n’est pas chose aisée non plus mais nous nous y engageons corps et âmes.  Nous sommes en ce moment en cours de finalisation d’une application, il s’agit de la mise en place d’une Box Canal France Algérie innovante et appuyée par les dernières technologies. Enfin, nous ambitionnons de devenir la télévision algérienne numéro 1 en Europe.

Vous êtes connu pour être un homme pragmatique, quel est votre parcours professionnel ?

 J’ai débuté ma carrière dans l’éducation publique il y a près de 30 ans pour m’orienter vers l’enseignement spécialisé.  Au cours des 20 dernières années, je me suis consacré à la prise en charge de jeunes détenus dans les prisons françaises. Par la suite, je me suis investi dans la prévention de la radicalisation, j’ai mis à disposition mon expertise en mettant en place, en Seine Saint Denis, un dispositif de prévention de la radicalisation unique au monde et suis devenu par la force des choses, une référence incontournable.

On vous dit discret, travailleur et entouré de professionnels de l’audiovisuel, vous confirmez ?

Discret oui, peu de gens qui m’entourent aujourd’hui, connaissent mon parcours. J’aime faire et laisser dire. Je suis né en France, de parents originaires d’Oued Souf, une région où le travail est considéré comme une valeur sûre. Au plan audiovisuel, il est clair que s’entourer de gens de la profession est un atout majeur.

Un dernier mot ?

Il est temps pour l’Algérie de rejoindre le concert des nations en entrant dans le 21ème siècle, tout en s’engageant à ne laisser sur la route aucun de ses enfants. Mon projet de télévision s’inscrit dans cette dynamique.

Interview réalisée par Lila Haddad.