« Nous avons des difficultés à discuter et à négocier avec le gouvernement algérien. On sait aussi que Monsieur Bouteflika n’est pas en bonne santé et donc on se pose bien évidemment des questions… »…  « La Libye n’a que très peu apprécié les initiatives d’Alger pour essayer de régler les problèmes sur leur territoire. Récemment, à un colloque international à Rome, le ministre des Affaires Etrangères tunisien a dit qu’il était très difficile d’avoir des contacts avec l’Algérie et d’établir des ponts. On connaît le problème latent du Sahara marocain avec le Maroc et l’Algérie et donc évidemment ces problèmes font qu’on n’arrive pas à booster l’UMA», dira Hugues Bayet, eurodéputé belge, issu du groupe des progressistes socialistes et démocrates, deuxième plus grande formation politique du parlement européen. Il est notamment membre de la délégation en charge des relations avec les pays de l’UMA.

L’Interview

L.Haddad: Monsieur Bayet, que signifie pour vous l’Union du Maghreb Arabe?

– H. Bayet : Qu’est-ce que ça devrait signifier ? Ça devrait signifier beaucoup de choses pour moi comme vous le savez, je suis membre de la délégation des relations entre l’Union européenne et les pays du Maghreb et du Maghreb arabe et donc très naturellement, l’Union pour le Maghreb Arabe devrait être un organe , une institution de premier plan pour l’Union européenne et les relations qu’on peut avoir avec l’ensemble de ces pays. Malheureusement, depuis déjà quelques années, cette union ne fonctionne pas très bien et donc l’Union européenne a préféré développer des relations bilatérales avec ces 5 pays pour essayer de développer des projets, des actions économiques, culturelles, scientifiques, éducationnelles etc. Mais je regrette que l’Union du Maghreb Arabe ne soit pas un organe plus performant, plus dynamique parce que je pense que vraiment, ne fut-ce qu’en termes économiques, dans l’intérêt des populations, ça serait vraiment une avancée majeure.

J’allais attendre un peu mais je vais vous proposer une question d’un premier citoyen maghrébin parce qu’elle est vraiment liée à ce qu’on vient de dire. La voici : « –Comment pouvez-vous en tant qu’eurodéputé être membre d’une délégation chargée des relations avec une institution virtuelle ?  Comment se fait–il qu’aucun député européen n’a relevé la question administrative de la chose. C’est-à-dire demander que l’on retire de la littérature officielle des institutions européennes cet acronyme : l’UMA. »

-C’est une excellente question mais c’est d’abord de la responsabilité des 5 pays qui sont membres de l’Union du Maghreb Arabe : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie. Nous souhaitons les aider au maximum à ce qu’il y ait une vraie dynamique entre ces 5 pays-là parce qu’on sait tous que pour l’instant, si on prend quelques chiffres, dans le cadre des relations économiques qu’ils ont entre eux, ça représente à peine 2 % du PIB or la banque mondiale a fait plusieurs études et dit que si les 5 économies étaient beaucoup plus intégrées, je crois que dans les chiffres c’était une augmentation de 34 % du PIB pour l’Algérie, 27 pour le Maroc et 24 pour la Tunisie donc on peut voir à quel point ça pourrait être quelque chose d’important et vraiment d’appréciable en terme économique pour la population. Manifestement ça n’est pas le cas pour l’instant, c’est compliqué et donc nous, nous avons fait le choix de continuer à développer des relations bilatérales mais ça ne veut pas dire pour autant que dans les mois, dans les années qui vont venir on n’arrivera pas à améliorer cette UMA. Moi j’espère et je me bats en tout cas dans le cadre de mes fonctions ici au Parlement européen et notamment cette délégation de cette union des pays du Maghreb pour essayer de les convaincre que c’est un outil important, une institution qui pourrait reprendre sens et dans l’intérêt d’abord des populations maghrébines, je pense que c’est quelque chose qu’il ne faut pas jeter comme ça au revers de la main et au contraire essayer de continuer et de remettre le métier sur le tapis, de leur expliquer à quel point ça peut être quelque chose de positif.

Les frontières entre l’Algérie et le Maroc étant fermées, le peu de marchandises échangées transitent par Marseille !

Vous pensez que l’Union européenne a vocation d’aider les pays de l’Union du Maghreb Arabe à concrétiser leur union ? Vous le disiez tout à l’heure, il est très important qu’elle s’intègre au moins économiquement.

– Oui je pense que ces 5 pays sont les partenaires de l’Union européenne. On ne peut pas traiter toutes les questions économiques et les problèmes de terrorisme qu’on vit à l’heure actuelle, tous les problèmes éducationnels, seuls enfermés dans ces murs européens. On doit donc évidemment travailler avec nos voisins les plus proches et donc nous sommes là évidemment pour les aider. L’UMA essaye un peu de copier le modèle de l’UE. C’est d’abord essayer d’améliorer les relations économiques, la libre circulation des personnes, des biens, des services, des marchandises, des capitaux parce que ça pourrait augmenter le niveau de vie des gens.  Créer des infrastructures communes entre le Maroc et l’Algérie. Quand on sait que pour l’instant, entre ces deux grands pays, la frontière est fermée et que le peu de marchandises qui est échangée transite par Marseille pour revenir en Algérie, ce serait évidemment un gain économique et de temps pour tout le monde si ça pouvait transiter par voie terrestre ce qui serait possible. Je pense qu’on doit aussi les aider à améliorer la sécurité. On sait notamment que le Maroc et l’Algérie ont vraiment une expérience particulière dans le domaine de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme mais on sait tous qu’un investisseur peu importe sa nationalité, il vient investir quand il trouve une stabilité politique et une zone qui est sécurisée et donc on doit les aider à mettre ça en place. On doit aussi les aider à avoir beaucoup plus de croyance dans leur force endogène à pouvoir fabriquer eux-mêmes et à vendre eux-mêmes ce qu’ils produisent. On sait par exemple que la Libye et l’Algérie sont des pays qui ont des ressources naturelles très importantes. Elles pourraient en faire profiter le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie. Et inversement, ces trois autres pays qui ont des économies plus tournées vers l’agriculture et sur les services pourraient développer ces types d’économie en Libye et en Algérie. Donc on voit vraiment qu’il y a un intérêt plus qu’important de travailler ensemble sans compter que l’Afrique subsaharienne maintenant est un vrai partenaire politique et économique et donc derrière ces mots, ça peut vraiment être un… on peut vraiment booster les affaires économiques et faire en sorte que les populations vivent mieux et que les économies puissent se développer. Et puis l’élément le plus essentiel c’est comme on essaye de le faire, ça n’est pas facile au niveau de l’UE mais c’est de développer une vraie union politique et faire en sorte que l’UMA retrouve une vraie dimension politique et puisse travailler ensemble sur les questions d’éducation, de formation, d’affaires étrangères etc. Je pense que c’est profitable aux 5 pays mais d’abord et surtout aux populations.

Tous contre l’Algérie ? Les Libyens n’ont pas apprécié l’initiative d’Alger, les Tunisiens ont des difficultés à établir des ponts avec l’Algérie, les rapports entre Algériens et Marocains sont au point mort !

On en parle de l’UMA comme si elle venait d’être lancée or elle a été créée en 1989, il y’a donc presque 28 ans. Auriez-vous en tête serait-ce un seul projet réalisé dans le cadre de cette Union ?

– Non. Malheureusement non. Je pense d’ailleurs que la dernière réunion qui avait rassemblé les différents chefs du gouvernement c’était en 1994 et donc voilà, ça fait très très longtemps. C’est difficile et ça nous pose problème parce qu’on sait que les relations entre les 5 pays membres de l’UMA ne sont pas simples. J’ai d’ailleurs interpellé la Commission européenne récemment puisque la Libye on le sait, n’a que très peu apprécié les initiatives d’Alger pour essayer de régler les problèmes sur leur territoire. Récemment, à un colloque international à Rome, le ministre des Affaires Etrangères tunisien a dit qu’il était très difficile d’avoir des contacts avec l’Algérie et d’établir des ponts et des relations avec eux. On connaît le problème latent du Sahara marocain avec le Maroc et l’Algérie et donc évidemment ces problèmes font qu’on n’arrive pas à booster l’UMA mais je pense que ça n’est pas une fatalité.

C’est une des raisons pour lesquelles le téléspectateur qui vous a posé la première question demande à l’Union européenne de retirer l’acronyme UMA de sa littérature, serait-ce par honnêteté intellectuelle !

Oui mais l’UMA n’a pas été créé par l’Europe, c’est la volonté de ces 5 pays. Volonté pour l’instant !

  1. Mais vous la reconnaissez ?

– Oui la volonté qui pour l’instant n’est pas vraiment très dynamique pour essayer de renforcer cette institution qu’est L’UMA mais donc ça n’est pas à nous de la supprimer. Ça devrait être ces 5 pays-là qui devraient se demander s’ils doivent continuer avec ou pas. Mais je pense quand même qu’avec toutes les relations bilatérales qu’on développe avec le Maroc, avec l’Algérie, la Mauritanie, la Libye, la Tunisie etc. nous avons de très bonnes relations et de très bons résultats. Et si je prends par exemple le cas du Maroc, qui est le pays avec lequel nous avons l’accord de voisinage le plus important, nous avons des résultats exceptionnels. Et à chaque fois dans nos discussions bilatérales nous rappelons à quel point ça pourrait être une avancée positive que de réactiver ces relations entre ces 5 pays. Alors ça ne se fait pas exactement entre les cinq pour l’instant mais de plus en plus, on sent les collaborations notamment sur la pêche, entre le Maroc et la Mauritanie, au niveau des services entre la Tunisie et le Maroc, et donc je pense qu’à terme, avec plein de bonnes volontés on pourra arriver un jour…

  1. Vous allez passer à des négociations de bloc à bloc comme cela se fait avec les pays ACP ?

– Vous savez, l’Union européenne c’est ça aussi. On a beau dire ce qu’on veut, l’UE ça n’est pas non plus le paradis sur Terre et bien que nous soyons l’Union des 27, on doit continuer à discuter en bilatéral entre pays et parfois avec un bloc de l’Est, un bloc de l’Ouest, parfois un bloc du Nord, un bloc du Sud pour essayer de trouver une solution commune. Vous savez les pays ont pour objectif de faire plus et mieux ensemble. Et pour ça il faut se faire confiance et il faut accepter d’ouvrir ses œillères, de se donner à l’autre et d’essayer de faire plus et mieux ensemble. C’est pas toujours évident, ça n’est pas évident pour l’UE et pourtant ça fait déjà des dizaines d’années que nous travaillons ensemble et tout le monde sait qu’à l’heure actuelle, la situation de l’UE n’est pas des plus simples et donc moi je ne suis pas là pour jeter la pierre sur l’UMA. Je pense qu’au contraire, je suis là pour sensibiliser et les mettre face à leurs responsabilités et leur dire que travailler ensemble, je pense qu’on pourrait tous y gagner, et plus et mieux.

  1. Travailler ensemble mais que chacun pense à ses propres intérêts. L’Europe, vous le disiez tout à fait au début, est intéressée par les produits agricoles de la Tunisie et du Maroc. Elle est intéressée par le gaz algérien. Elle est intéressée par les hydrocarbures de la Libye. Elle est intéressée par les richesses maritimes, le poisson en l’occurrence, en Mauritanie. Est-ce qu’au fond, il ne s’agit pas que de petits intérêts qui passent d’abord avant une véritable intégration et un véritable rapport d’égal à égal entre les deux blocs, l’UMA et l’UE ?

– Nous ne sommes plus dans une époque colonialiste. L’Europe n’est pas là pour imposer à d’autres pays sa vision et leur dire comment ils doivent gérer leur pays. Nous ne développons pas uniquement des relations économiques avec tous ces pays. Je suis revenu le mois passé d’une mission au Maroc dans le cadre de la commission paritaire mixte où nous avons travaillé sur un tas d’autres sujets. Outre évidemment les aspects économiques, l’agriculture, la pêche etc. nous avons travaillé aussi sur la question du terrorisme, sur la question de la radicalisation et d’ailleurs avec le Maroc je vais essayer de lancer un grand forum avec les jeunes pour qu’on essaye de comprendre quels sont les mécanismes qui font qu’on arrive, via internet, les réseaux sociaux etc. à une radicalisation telle qu’on la connaît à l’heure actuelle dans le monde entier et quelles sont les solutions qu’on peut apporter. Comment peut-on lutter par rapport à tout ce qui se propage, toutes ces idéologies nauséabondes qui se propagent sur les réseaux sociaux, sur Facebook, twitter etc. avec des experts qui pourront nous expliquer comment on peut améliorer ça. On travaille aussi sur la formation des jeunes, sur les liens entre les entreprises et les écoles au Maroc par exemple etc. Je pense que c’est réducteur de dire que l’Europe ne s’occupe que des relations économiques. Nous essayons de travailler dans toute une série de secteurs mais nous ne pouvons travailler que quand il y a une volonté en face de nous qui dit ok je suis d’accord de travailler avec vous dans l’UE dans tel ou tel secteur. C’est ce que nous essayons de faire. Nous essayons petit à petit de construire des relations solides et sérieuses avec nos différents partenaires. Nous essayons de leur faire comprendre que, et c’est d’ailleurs un Belge qui vous le dit mais c’est notre diction chez nous, que l’union fait la force et je pense que quand on travaille tous ensemble on arrive à de meilleurs résultats.

  1. Les relations n’ont jamais été très bonnes entre l’Algérie et le Maroc à cause du problème du Sahara occidental et vous disiez tout à l’heure que vous avez beaucoup plus facile à travailler avec le Maroc qu’avec l’Algérie. Est-ce qu’une des raisons est ce conflit du Sahara occidental ou il y a d’autres raisons pour lesquelles ça bloque avec l’Algérie ?

– C’est une des raisons mais il y en a d’autres. On sait tous que le Sahara marocain est un problème. Le dernier accord en date validé par la communauté internationale c’est l’accord de Madrid qui donne la gestion de ce territoire au Maroc. Alors l’Algérie dit souvent que ça n’est pas un problème pour eux mais qu’il faut voir ça dans le cadre d’une relation tripartite avec les Sahraoui.

Nous avons des difficultés à discuter et à négocier avec le gouvernement algérien. On sait aussi que Monsieur Bouteflika n’est pas en bonne santé et donc on se pose bien évidemment des questions.

 

  1. Mais ça fait 40 ans qu’ils le disent !

Oui Ça fait 40 ans qu’ils le disent mais ça fait 40 ans que ça dure. On n’avance pas beaucoup je suis bien d’accord et donc moi je plaide pour qu’il y ait des réunions multilatérales pour essayer de trouver une solution à ce problème. Il y a évidemment d’autres problèmes aussi, l’économie algérienne est beaucoup plus fermée. Au niveau politique, nous avons évidemment beaucoup plus de difficultés à discuter et à négocier des projets avec le gouvernement algérien. On sait aussi que Monsieur Bouteflika n’est pas en bonne santé et donc on se pose bien évidemment beaucoup de questions sur la stabilité politique du pays. Même si tout se passe bien pour l’instant, gouverner c’est prévoir et donc prévoir c’est l’avenir. Voilà il y a toute une série de raisons, les relations avec les autres pays aussi. Comme je l’ai dit les relations ne sont pas des plus simples, entre l’Algérie et la Tunisie, l’Algérie et la Libye donc je pense que vraiment c’est dans l’intérêt de tout le monde d’essayer de trouver des solutions pour améliorer la situation au sein du Maghreb et quand on voit ce qui se passe à l’heure actuelle au niveau du Moyen-Orient avec le Qatar, l’Arabie Saoudite et l’Iran. On vient d’avoir aussi des attentats. Je pense qu’il est plus que temps de travailler ensemble pour des solutions de paix et d’avenir prospère pour  tout le monde que d’essayer de tirer la couverture à soi et de se battre les uns des autres.

Si l’Algérie ne veut pas avancer avec nous, nous en tirons les conséquences et nous prendrons des mesures qui iront dans le sens de cette non-volonté de collaborer avec nous

On va s’attarder un tant soit peu sur l’Algérie voici une deuxième question d’un citoyen algérien :

« – Pourquoi l’UE dénonce les manquements et met une pression sur la Turquie en matière des droits de l’homme et de la démocratie mais elle passe sous silence le régime totalitaire d’Alger ?  Et Comment l’Europe et plus particulièrement la France peuvent traiter avec un chef d’Etat en l’occurrence Bouteflika qui n’a lui, contrairement à Erdogan, organisé aucun referendum pour modifier la Constitution pour s’offrir 4 mandats et rester au pouvoir à vie ».

– C’est encore une question d’un citoyen bien aiguillé. Vous savez, les relations diplomatiques, ça n’est pas toujours aussi simple qu’on le dit. On pourrait, comme beaucoup de pays l’ont fait, ne pas vouloir discuter avec le Corée du Nord et on voit à l’heure actuelle dans quelle situation ça nous met. On voit un pays qui est totalement isolé et un pays avec lequel on ne peut pas faire grand-chose. Par contre la France a des relations toutes particulières avec l’Algérie parce que vous le savez, c’était une ancienne colonie et donc ça n’est pas à l’Europe de dicter les relations bilatérales entre la France et l’Algérie. Nous essayons, par des politiques positives de faire changer les choses. Et donc on ne fait pas qu’acheter par exemple du pétrole en Algérie mais on essaye à chaque fois et la dernière fois que je me suis rendu en novembre dernier en Algérie, nous avons évidemment rencontré l’ensemble du gouvernement, nous avons parlé des problèmes de démocratie, des problèmes de la liberté de la presse, des problèmes des droits de l’homme et nous avons aussi posé toute une série de questions sur le respect des droits de l’homme etc. donc ça n’est pas parce qu’on parle le plus haut, le plus fort, qu’on n’arrive pas à des résultats. On avance, alors certainement pas assez vite et certainement pas assez loin mais on ne peut pas dire non plus qu’on n’avance pas sur ces questions-là. Mais c’est clair qu’on aimerait… Les Algériens sont nos partenaires au même titre que les Marocains, les Tunisiens, les Libyens, les Mauritaniens, et un tas d’autres régions dans le monde. Et notre volonté, ça n’est pas de les mettre au pilori ou de les flageoler mais c’est vraiment d’essayer de travailler avec eux pour essayer de rejoindre les idéaux européens, les idéaux de liberté, de respect, de confiance mutuelle etc. et on essaye petit à petit d’avancer avec eux. Mais il est clair, qu’à un moment donné, si un pays, l’Algérie ou un autre ne veut pas avancer avec nous, comme vous parliez de la Turquie tout à l’heure, mais nous en tirons les conséquences et nous prendrons des mesures qui iront dans le sens de cette non-volonté de collaborer avec nous.

 Vous le savez, on qualifie toujours l’Algérie et le Maroc de deux frères ennemis. Ils n’aiment pas aussi qu’on les compare mais qu’est-ce qui fait que vous, député européen, vous êtes beaucoup plus à l’aise de discuter avec vos partenaires marocains qu’algériens ?

– Simplement parce qu’il y a beaucoup plus d’ouverture. Nous voyons régulièrement nos collègues marocains ici au Parlement européen, que ce soit à Strasbourg ou à Bruxelles. Nous avons dans le cadre de cette délégation en relation avec les pays du Maghreb, développé avec le Maroc une commission paritaire mixte où les députés se rencontrent pour travailler sur des sujets comme je l’ai cité tout à l’heure ; sur le terrorisme, sur le radicalisme, sur les matières économiques, sur les droits de l’homme, sur le rôle de la femme, sur les droits des femmes etc. ce qui fait que naturellement, puisqu’on se voit souvent, on travaille beaucoup plus ensemble sur tout une série de sujets, ce qui fait aussi qu’on a peut-être une meilleure perception du Royaume du Maroc parce qu’à force de parler avec nos collègues marocains, on comprend mieux quelles sont leurs difficultés et quels sont leurs problèmes et comment peut-on essayer, nous, en tant que partenaire européen, comment peut-on essayer de les aider, comment peut-on essayer d’améliorer les politiques européennes à destination de la population marocaine. C’est évidemment plus difficile d’avoir ce type de relation avec l’Algérie car c’est votre question mais voilà, ça n’est pas parce que nous le faisons au Maroc que nous ne pouvons pas le faire avec l’Algérie, nous sommes demandeurs et j’espère qu’un jour le gouvernement algérien saisira sa chance et travaillera plus main dans la main avec nous dans leur intérêt, dans l’intérêt de l’UE mais surtout dans l’intérêt de nos populations.

Le terrorisme est un des plus grands dossiers qui vous lie à cette région du monde. Est-ce que vous discutez « sérieusement » de cette question avec vos homologues maghrébins ? Quelle sont les mesures que vous auriez déjà proposées au niveau de l’Union européenne ou au niveau des états membres pour lutter contre le terrorisme ?

 – C’est bien évidemment une question qui est devenue mondiale malheureusement à l’heure actuelle. C’est la lutte contre le terrorisme et s’il y avait une réponse, unique, simple et facile je pense qu’elle serait déjà en application. Malheureusement, c’est loin d’être le cas et donc je pense qu’il faut qu’on continue à travailler ensemble. Ça n’est pas parce qu’on va construire un mur tout autour des frontières de l’Europe qu’on sera protégé. Ça je pense qu’on en est tous conscient. Donc on doit évidemment travailler avec des partenaires en Afrique et notamment le Maroc, l’Algérie, la Tunisie. En Asie aussi notamment avec la Turquie et donc oui on travaille beaucoup notamment avec le Maroc où on a vraiment développé une politique de confiance en terme de supervision des frontières donc vous savez que le Maroc a un des accords de voisinage des plus importants et notamment toute une série de rôles que nous donnons au Maroc pour les aider à former leurs forces de police, la gendarmerie, les militaires pour nous aider à sécuriser les frontières. Vous savez aussi que nous travaillons de plus en plus avec les services de renseignement de chaque pays, et moi qui suis belge je me dois de dire que Salah Abdeslam a pu être appréhendé en Belgique notamment grâce à l’aide des services secrets marocains donc je pense vraiment qu’on doit travailler tous ensemble là-dessus. Je pense vraiment qu’il faut qu’on travaille sur tout ce qui circule sur internet où on peut lire tout et n’importe quoi et malheureusement souvent n’importe quoi. On a très peu d’organismes ou d’institutions qui luttent contre ces idéologies nauséabondes qui racontent vraiment l’inverse de la vérité et qui permettent d’endoctriner des jeunes et donc on doit vraiment travailler là-dessus. Mais ça n’est pas l’Europe toute seule ou les pays du Maghreb tous seuls qui vont pouvoir trouver la solution. Je pense que c’est vraiment dans les échanges. C’est en travaillant ensemble, en échangeant nos informations qu’on arrivera à juguler ce problème du terrorisme.

Dans mon propre pays, la Belgique, nous sommes en train de réfléchir à la question de savoir si nous devons continuer de vendre des armes à l’Arabie Saoudite.

  1. Une dernière question d’un citoyen maghrébin, il fait plutôt une proposition qui selon lui, mettrait fin au terrorisme, voici: « Je propose 5 mesures pas une de plus
  1. Mettre fin à la discrimination et l’humiliation des européens d’origine maghrébine et arabe
  2. Interdire aux pays salafowahabites de financer les Mosquées, les centres culturels et les écoles islamiques.
  3. Cesser de bombarder des pays arabo-musulmans.
  4. Arrêter de soutenir les dictateurs arabes et Maghrébins
  5. Cesser de soutenir les groupes terroristes, Daesch, Al Qaida, al Nosra… »

Que lui répondez-vous ?

– Alors évidemment pour que ça soit une réponse nette, claire et précise vous me laissez encore une heure pour y répondre sinon en deux minutes ça sera évidemment une réponse beaucoup trop courte. Toutes ces propositions ont évidemment beaucoup de sens. C’est clair que les Européens doivent se poser la question de savoir pourquoi des jeunes qui ont été élevés chez nous, qui ont été dans nos écoles, qui ont partagé notre culture se transforment à l’âge de 20 ans en terroristes. C’est une question essentielle et qui prouve qu’en termes d’intégration on a encore du pain sur la planche et qu’on doit améliorer les choses. Très clairement, je pense que nous les Européens nous devons aussi nous poser des questions. Pourquoi est-ce qu’on en est arrivé à avoir toute une série de jeunes qui sont acculturés, qui ne se reconnaissent pas comme étant membres de la Communauté européenne et qui ne se reconnaissent plus non plus membres de la culture marocaine, algérienne, tunisienne peu importe. Et donc ils se trouvent vraiment dans un no man’s land où ils sont plus facilement peut être susceptibles d’être plus facilement radicalisés et clairement, nous travaillons là-dessus. Comment peut-on faire dans notre enseignement et dans notre façon d’appréhender le problème par rapport à l’emploi, au logement etc. pour éviter les discriminations. Il est clair que pendant longtemps et ça n’est pas qu’un problème politique, c’est un problème politique, économique, de syndicat, etc., nous avons, je ne dirais pas soutenu les dictateurs mais parce que certains pays nous achetaient de gros contrats économiques, on fermait peut être trop facilement les yeux sur toute une série de problématiques et ça ne peut plus continuer. On doit l’arrêter et surtout vérifier que ces pays ou ces dictateurs ne financent plus toute une série de groupes terroristes. Mais vous savez ce qui se passe à l’heure actuelle avec le Qatar, ne va pas dans ce sens-là. On est en train d’isoler sur la scène internationale diplomatiquement le Qatar parce que l’Arabie Saoudite reproche entre-autres au Qatar de soutenir les frères musulmans, ce qui est probablement vrai mais on sait tous aussi que l’Arabie Saoudite finance d’autres groupes politico-religieux. Le Congrès américain a aussi dit que toute une série d’attentats sur le sol américain avaient été financés par toute une série de groupes politico-religieux au sein de l’Arabie Saoudite. Et donc je pense que si on veut vraiment dépasser ces clivages il faut travailler ensemble et il ne faut évidemment pas faire des guerres au sein du Moyen-Orient pour que d’un côté ce soit ou le Qatar ou l’Arabie Saoudite qui puisse obtenir le leadership politico-religieux. Ce qu’il faut c’est vraiment lutter contre le terrorisme et prendre ses responsabilités. Dans mon propre pays nous sommes en train de réfléchir à la question de savoir si nous devons continuer de vendre des armes par exemple à l’Arabie Saoudite. Nous avons plusieurs entreprises belges qui le font et c’est un débat citoyen maintenant car cela pose évidemment problème aux hommes politiques, cela pose problème à la société civile et aux travailleurs qui travaillent dans ces fabriques d’armes. Ça pose problème aux syndicats. C’est un débat difficile mais que nous devons avoir pour essayer de trouver les bonnes solutions et c’est clair, que manifestement, les politiques, je ne dirais pas européennes mais américaines où on a peut-être à tort et à travers bombardé toute une série de pays d’Afrique du Moyen-Orient qui n’ont manifestement pas donné de résultats satisfaisants et bien du contraire ont renforcé le sentiment discriminant et négatif par rapport à l’Occident et c’est un élément essentiel dans le radicalisme qu’on vit à l’heure actuelle et donc ces cinq sujets en tout cas, et vous les avez cités, ça mériterait vraiment un bon quart d’heure sur chaque élément mais je pense que derrière chaque élément qui est proposé par un de vos auditeurs il y a vraiment matière à réflexion et à agir et je pense que c’est ce que nous faisons pour l’instant mais comme je le dis toujours l’Union européenne n’a pas la solution à tout. L’UE ne peut trouver que des solutions applicables et efficaces que si elle travaille avec ses partenaires, l’ensemble de ses partenaires et c’est valable dans le sens inverse. Je pense que le Moyen-Orient ne peut pas résoudre ses problèmes sans travailler avec le reste du monde. Je pense qu’il y a une volonté maintenant de la plupart des pays du monde pour travailler ensemble et que ce soit au G7, au G20 ou au niveau de l’UE et de ses relations avec ses différents partenaires, pour essayer de vraiment trouver des solutions structurelles et structurantes par rapport à tous les problèmes dont nous venons de discuter.

C’est par le dialogue qu’on arrivera à trouver des solutions, ça n’est pas en brûlant des voitures ou en excitant des foules dans les mosquées.

J’allais presque oublier de vous faire réagir sur les événements à Al Hoceima, cette ville située dans le grand Rif marocain.

– Oui donc c’est une situation difficile et malheureuse que vivent les populations dans le Rif et c’est une situation sociale que je peux comprendre. Comme malheureusement dans beaucoup trop de régions du monde, où ces jeunes et ces moins jeunes manifestent et heureusement qu’ils ont encore le droit de manifester pour simplement avoir plus de perspectives d’avenir, avoir du boulot, avoir des infrastructures, des écoles, des hôpitaux etc. dignes de ce nom. Et donc c’est évidemment un combat dans lequel on ne peut que les soutenir parce que je pense que tous on aspire à avoir un avenir meilleur et avoir de l’espoir et de l’avenir pour ces enfants et ces petits-enfants. Et donc je sais que sa majesté le Roi a créé une délégation de haut niveau notamment sous la conduite du Ministre de l’Intérieur, toute une série de ministres sectoriels et le directeur général de l’eau et de l’électricité pour essayer de trouver des solutions et voir comment on peut développer cette région-là et donc je pense que c’est une bonne chose et que ça va dans le bons sens et c’est évidemment par le dialogue qu’on arrivera à trouver des solutions, ça n’est pas en brûlant des voitures ou en excitant des foules dans les mosquées qu’on va trouver des solutions. Cela ça ne sert à rien. C’est uniquement la contestation pour le plaisir de contester donc vraiment j’espère que ce dialogue va aboutir à des choses positives mais c’est évidemment malheureusement le déficit politique un qu’on vit un peu dans toute une série de pays et des jeunes qui sont un peu désœuvrés et c’est valable dans le monde entier aussi en Belgique mais dans certaines régions chez nous où on arrive plus à créer de l’espoir , on arrive plus à créer l’ascenseur social pour que nos enfants puissent avoir un emploi où ils s’épanouiront en plus, où ils gagneront mieux leur vie que nous. C’est vraiment aussi un problème de société qu’on doit régler de manière globale.

Interview réalisée par L. Haddad et retranscrite par D. Host.