Séquestré, humilié et violenté dans les studios d’une télévision algérienne à cause de ses orientations philosophiques, Rachid Boudjedra, 75 ans, n’a jamais caché son athéisme. Il est l’écrivain algérien le plus traduit dans le monde après Yasmina Khadra.  Parmi ses œuvres les plus connues, nous citons « L ‘Escargot entêté », « les figuiers de barbarie », « La répudiation », « la fascination », toutes éditées chez Grasset.   

Il faut dire que l’écrivain et romancier algérien, Rachid Boudjedra est un militant des Droits de l’homme. Il prône la laïcité et se dit agnostique voire athée. Ce qui représente un blasphème pour la société algérienne très islamisée. Rachid Boudjedra est l’écrivain algérien francophone le plus traduit dans le monde après Yasmina Khadra. Il est l’auteur de plusieurs livres et romans dont certains ont été adaptés en scénarios de films.

La vidéo diffusée sur la télévision algérienne Ennahar sans l’autorisation de l’intéressé, montre des animateurs de la chaîne, certains déguisés en agents de sécurité, entrain de violenter le grand écrivain algérien de langue française Rachid Boudjedra après l’avoir soumis à un interrogatoire abject. Les images humiliantes ont choqué l’Algérie toute entière.

Les faits remontent à la semaine dernière. L’écrivain et romancier algérien âgée de 75 ans a été séquestré dans un sous-sol du siège de la télévision algérienne Ennahar TV, les animateurs simulent d’abord une émission de télévision puis les choses dégénèrent quand des hommes vêtus d’uniforme font irruption dans les studio TV.

La chaîne aurait sollicité Rachid Boudjedra à plusieurs reprises, l’homme a d’abord hésité en sachant que cette télévision financée indirectement par le frère cadet du président algérien, n’avait pas bonne presse surtout en ce qui concerne le respect des règles élémentaires du CSA, mais sur l’insistance de la direction, l’homme aurait fini par céder.

Il s’agissait en réalité d’une émission « ramadanesque » qui piège les personnalités publiques et les célébrités en caméra cachée. Il faut rappeler que le concept de la caméra cachée a été inventé par Marcel Belivau, un animateur, réalisateur et comédien québécois. L’idée consiste à mettre l’invité dans une situation loufoque mais sans jamais égratigner sa dignité et son intégrité physique. La moralité étant de mettre en évidence les qualités humaines d’une star ou d’une personne publique.

La caméra cachée d’Ennahar TV consacrée à Rachid Boudjedra n’avait rien de moral, elle a consisté à séquestrer l’écrivain dans un sous-sol labyrinthique. L’écrivain est alors soumis à un interrogatoire pour le moins choquant. On lui demande notamment pourquoi était –il athée. On le force à répéter trois fois à haute voix « alloho Akbar », à réciter des sourates coraniques et de dire « El chahada » : « Il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet et le prophète de Dieu ». L’homme est tétanisé, chevretant, il les implore d’arrêter de l’humilier, puis, surgissent de nulle part des hommes baraqués, ils se mettent à le moquer, à rire aux éclats. L’homme de 75 ans est molesté, il essaie vainement de se débattre puis tente de fuir mais rattrapé par ses tortionnaires qui le chargent de violence verbale et physique. L’homme est pâle, transpirant, il tente vainement de s’échapper, on l’entend crier de toutes ses forces : « Fichez- moi la paix, fichez – moi la paix… », tout en courant dans tous les sens. Le supplice a pris fin quand un animateur au visage familier s’approche de Rachid Boudjedra et lui annonce tout fier qu’il s’agissait d’une caméra cachée.

Consternés, des internautes appellent à boycotter les marques qui passent leurs annonces publicitaires sur la dite chaîne, d’autres exigent sa fermeture.

L’écrivain a porté plaine et le directeur de la chaîne s’est contenté de s’excuser via un tweet. Côté autorités, silence radio. L’intouchable frère cadet de Bouteflika qui s’est autoproclamé président intérimaire depuis la maladie de son frère aîné, serait l’actionnaire majoritaire de la chaîne.

Cette affaire a très vite traversé les frontières, plusieurs pays disent être prêts à accueillir l’écrivain à la plume francophone. Après la Tunisie, le Maroc et le le Liban, des belges choqués par l’intolérance et la terreur infligées à l’écrivain, se disent prêts à l’accueillir. » C’est un honneur pour la Belgique de compter parmi les siens un écrivain de la stature de Rachid Boudjedra » confieront des députés belges à notre correspondante à Bruxelles Layla Haddad.

Ferhat Ouldhoucine