Bouteflika a une fascination sans bornes pour Hassan II, son ombre le hante  depuis l’indépendance de l’Algérie

Les relations entre le régime algérien et la France n’ont jamais été aussi proches, chaleureuses et au beau fixe que depuis l’avènement d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en 1999. Pour comprendre ce rapprochement entre le régime actuel et la France, il faut prendre en compte un 3ème élément fondamental. Bouteflika a une fascination sans bornes pour Hassan II, le roi défunt du Maroc. Son ombre hante Bouteflika depuis l’indépendance de l’Algérie ou même avant, en 1961, date de l’intronisation de l’ancien monarque marocain qui est de 8 ans l’aîné d’Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier avait une monomanie, celle de régner sur la l’Algérie, une république qui selon lui n’a jamais vraiment porté son nom. Dès son installation au palais d’El Mourdia, Bouteflika avait une seule obsession, faire du copier/coller, calquer tout sur le Maroc, tout en sachant que l’officialisation de la Monarchie des Al bouteflika ne sera pas faite sous son règne et que la Couronne sera portée par son héritier, un de ses neveux qui aura bien intégré l’obsession de son oncle.

Le montant de la facture était certes très élevé mais pour Bouteflika, le jeu en valait grandement la chandelle

Au plan de la politique étrangère, Bouteflika avait préparé les grandes lignes à l’avance et singulièrement celles qui concernent les relations avec la France, ça sera aussi du copiage de chez l’oncle Hassan dos, et au moindre détail! Il faut avouer que sur le plan de « ses » relations avec la France, Bouteflika a doctement réussi. Le montant de la facture était certes, très élevé mais pour Bouteflika, le jeu en valait grandement la chandelle. La France devait juste soutenir son maintien au pouvoir à vie et le couvrir auprès des institutions internationales, Amnesty International, ONU, Cour de Justice internationale, OTAN, EU, … sur les questions de la corruption, des biens mal acquis, de recel des avoirs à l’étranger, de la liberté d’expression et d’opinion notamment. Rendu éternel au pouvoir, Toutânkhamon alias Bouteflika, devait juste ouvrir le marché algérien et les frontières terrestres, maritimes et aériennes. L’Algérie est devenue, comme disent les Algériens, Gantra, au deuxième degré, un pont laissé à l’abandon que tout le monde empreinte gratuitement et sans autorisation. Au plan économique et commercial, le pays des Droits de l’Homme se taillera la part du lion et instruira ses médias d’aller dans le sens du poil ou d’observer le silence sur l’actualité algérienne.

La France conseillère hors classe de l’Algérie auprès de l’Union européenne

La France en tant que membre fondateur de l’Union européenne et ancien colonisateur ou néo-colonisateur de l’Algérie est très écoutée, elle fait office de CHC, Conseillère Hors Classe, sur les questions algériennes auprès des institutions européennes. Pour convaincre de ses orientations, elle joue sur la fibre sensible de l’énergie, car avec Europe on ne badine pas avec les intérêts économiques et le gaz Algérien contribue grandement à mettre l’Europe à l’abri du besoin.

La France a été « irréprochable »,  depuis Chirac jusqu’à Hollande en passant par Sarkozy

Contrairement aux affirmations d’une certaine presse française, les relations entre la France et l’Algérie ne patinent pas. Elles n’ont jamais été aussi stables que depuis le règne de Bouteflika. La France a été « irréprochable » depuis Chirac jusqu’à Hollande en passant par Sarkozy et comme avec le Royaume Hachémite de l’oncle Hassan dos, tout baigne ! Ce pendant, aller jusqu’à se poser la question de savoir si les choses changent avec le nouveau président Emmanuel Macron au point de tisser l’équivalent d’une relation franco-allemande, c’est pousser le bouchon trop loin, et la réponse est clairement non. Les relations franco-allemandes ont pu se construire grâce à des préalables, elles se sont bâties sur des bases saines et équilibrées. Il s’était agi d’abord et avant tout de deux pays qui, au sortir d’une guerre atroce, avaient opté pour la démocratie, le respect mutuel et une politique étrangère, économique, sociale, culturelle, de sécurité et de défense commune. Ils sont aujourd’hui le socle d’une union européenne qui compte un demi milliard d’habitants.

La France approuve en Algérie ce qu’elle ne permet pas chez elle

Si du point de vue de certains analystes français, les relations entre la France et l’Algérie sont normales et équilibrés et qu’elles peuvent être hissées au rang d’un véritable partenariat stratégique, pour des intellectuels algériens, les conséquences de la participation directe ou indirecte de la France à la faillite généralisée, sur la population algérienne et ses élites sont désastreuses. Les Algériens suffoquent, c’est l’asphyxie! Les libertés sont bafouées, les ventres sont vides et le silence du pays des Droits de l’Homme est assourdissant. Sous prétexte que la France est payée pour se taire, elle ne s’immiscera pas dans les affaires internes de l’Algérie, le tout est de savoir jusqu’à quelle limite peut – elle aller dans sa complicité avec le régime en place ? et jusqu’à quand peut-elle permettre en Algérie ce qu’elle désapprouve chez elle ?

Les relations bilatérales ne pourraient être apaisées et sereines que si le nouveau président français, Emmanuel Macron,  joint la parole au geste pour demander Pardon au nom de la France, aux algériens en reconnaissant officiellement les crimes contre l’humanité perpétrés par son pays durant la guerre d’Algérie et pour que ces relations soient saines et équilibrées, l’Algérie devra opter pour un réel processus démocratique, un assainissement de son économie et une véritable réforme de son éducation pour espérer rattraper le train des grandes nations démocratiques.

Layla Haddad.