Par Azzedine Zalani

Si le peuple algérien dans son ensemble, pétri de valeurs religieuses et même tout simplement humanitaires, continue à souhaiter au Président de la République un prompt rétablissement, le recouvrement de sa santé et la fin de sa longue maladie, il n’en demeure pas moins très inquiet quant au vide institutionnel flagrant qu’entraîne son absence prolongée.

En effet si la quasi disparition des activités officielles, protocolaires et surtout constitutionnelles du Président, créent un vide de plus en plus alarmant non seulement au sommet de l’État, mais également au sein de tout l’édifice institutionnel et partant, politique et économique du pays. Sa perpétuation pour une période indéfinie est susceptible d’aggraver la situation d’empêchement manifeste de la fonction présidentielle, mais aussi et surtout entraîner le pays dans une dérive que même les ennemis du pays ne pourraient souhaiter.

Le débat sur la vacance juridique de la fonction présidentielle semble tourner court. En effet, comment attendre ou exiger d’un chef d’État manifestement très mal en point de déclarer lui-même la vacance de sa propre fonction. Par définition c’est un non-sens ! Cette déclaration doit être logiquement et juridiquement prononcée d’une manière impérative par le Conseil constitutionnel, qui devra lui-même assurer et assumer dans ce cas de figure ses fonctions constitutionnelles ! La vacance signifie l’incapacité d’exercer les missions imparties, et constitutionnellement dévolues, et dans notre cas elles ne sont ni symboliques ni protocolaires. Les prérogatives présidentielles ont été tellement étendues qu’elles ont fini par englober les fonctions exécutives à tous les niveaux.

Du pouvoir de nomination à tous les échelons y compris celui du simple secrétaire général d’une mairie, aux fonctions régaliennes diplomatiques de défense et de souveraineté et de sécurité nationales. Même un monarque de droit absolu ne nomme pas un SG de Mairie mais nomme celui qui le nomme ! Cependant beaucoup de ces missions et prérogatives sont de la compétence exclusive du Président de la République et ne peuvent donc être dévolues. Le Parlement est passé d’un Pouvoir législatif à une simple fonction de chambre d’enregistrement dont les membres décriés sont réduits à un rôle de figurants. L’exécutif est maintenu dans une obséquieuse paralysie qui frise la servilité, où, même la démission et considérée comme un acte de lèse-majesté. Les missions du pouvoir judiciaire dont le Président de la République, Magistrat suprême se délitent sous les yeux des magistrats qui tiennent encore à la probité de leur fonction.

L’indépendance de la presse, fruit d’un long combat se retrouve prise dans les mailles d’un filet judicieusement entretenu par la manne publicitaire. La presse algérienne n’est plus que la chasse gardée monopolistique de quelques oligarques aux pouvoirs aussi puissants qu’obscure. Les partis politiques, noyés dans leur surnombre, paralysés par leur docilité, perdent toute crédibilité et certains de leurs chefs, grassement entretenus, continuent toute honte bue, à vouloir nous faire prendre les vessies pour des lanternes.

Enfin, la population se retrouve perdue depuis de longs mois entre rumeurs, intox et informations savamment distillées, aux contenus infantilisants, semble subir cette situation tout en craignant le pire. Les Algériens, habitués aux situations de fins de règne semblent s’y accommoder. Depuis la longue et secrète maladie du Président Boukharroba Mohamed (Houari Boumédiene), aux présidentielles anticipées, sans démission effective, donc non conforme à la constitution annoncées par le Président Liamine Zeroual, en passant par la « démission involontaire » Du président Chadli Bendjedid juste après qu’il ait procédé à la dissolution de l’assemblée nationale (APN). Le vide institutionnel ainsi créé favorisa l’installation « d’un Haut Comité d’État » HCE et la nomination d’un parlement non élu. Cependant, la situation nationale, régionale et internationale ne devrait ni encourager une fuite en avant inconsidérée, ni un attentisme démobilisant.

L’ensemble de ces faits, et bien d’autres, sont constitutifs d’une situation de crise institutionnelle d’une particulière gravité. Si la déclaration de vacance n’est pas une prérogative de l’entourage présidentiel, la situation ne doit pas servir de paravent et elle ne devrait être ni contournée ni repoussée. Le vide institutionnel ne devrait pas servir à des activités extra constitutionnelles. La déclaration de vacance de la fonction présidentielle, n’est pas une décision irréfléchie ou galvaudée, elle est obligatoirement précédée de démarches réglementaires strictement définies par la constitution. Cependant, si elle ne peut être prononcée à la légère, elle ne peut, sous peine de forfaiture, être évacuée. C’est pourquoi les membres du Conseil constitutionnel et son président devraient assumer devant la Nation et leur conscience les missions et les responsabilités qui leurs sont impérativement dévolues. Mais si c’est cette opacité, entrecoupée de sarcasmes et de lâches commentaires, qui est voulue ou recherchée on ne peut mieux faire.

A.Z.

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