En accueillant de hauts dignitaires étrangers l’année dernière, Sissi espérait transmettre une image positive de l’Egypte comme étant un pays stable prêt à recevoir les investisseurs étrangers. Pourtant après 3 ans au pouvoir, le gouvernement du général Sissi n’a pas tenu ses promesses de prospérité, générant la colère de la population. Les signes de faiblesses du régime se multiplient, laissant entendre que celui-ci court à sa perte. Le mercredi 12 octobre, l’interview d’un chauffeur de Tuktuk[1] avait à elle seule réussi à faire trembler le régime ; et le gouvernement a déployé beaucoup d’efforts pour la discréditer (le monde). Quelques jours plus tard un haut représentant militaire était assassiné devant sa résidence, témoignant d’une faiblesse sécuritaire. Même les plus fervents partisans du régime commencent à reconnaître que le pays court à la catastrophe [2].

Les problèmes auxquels le régime du général Al Sissi, président de l’Egypte depuis mai 2014, fait face sont dus à une triple crise qui ébranle son pays. Celle-ci est à la fois économique, sécuritaire et politique et se renforce mutuellement. Sur le plan sécuritaire, le régime combat différent groupes armés dans la région du Sinaï depuis le coup d’état qui a dépossédé de ses fonctions l’ancien président Mohammed Morsi. L’incapacité du régime à venir à bout de ces groupes contestataires couplé au récent assassinat d’un de ses plus hauts représentants militaires dans un des quartiers les plus sécurisés du Caire met en évidence les failles du système.

Ces problèmes sécuritaires contribuent à aggraver la situation économique du pays. Ceux-ci font en effet fuir les investisseurs ainsi que les touristes. Le taux de chômage a atteint 12,5% mi -2016 et est particulièrement élevé en ce qui concerne les femmes et les jeunes[3].De plus, il y a eu une hausse de 40,1% dans les prix des biens de consommation rien qu’en septembre, un élément qui affecte toutes les strates de la société égyptienne[4].

Pour résoudre ces problèmes, le régime doit être profondément réformé. Cela nécessiterait, par exemple, l’abolition du vieux contrat sociale égyptien marchandant le soutient politique de la population en échange de subsides sur le pétrole et certains aliments, ainsi que d’emplois dans les services publiques. Les subsides représentent la forme principale que prend les programme d’assistance sociale en Egypte (et ailleurs dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord). Ces mesures sont néanmoins coûteuses et peu effectives car elles ne ciblent pas les plus pauvres de la population et ne contribuent pas à générer de la croissance économique.

Au lieu de mobiliser des fonds pour investir dans le capital humain ainsi que pour entreprendre des réformes concernant la sécurité sociale[5], le président a préféré mobiliser 8 milliards  de dollars pour développer le canal de Suez. Cette initiative s’est révélée peu effective pour le moment étant donné que les revenus issus du canal ont chuté de 2,1 pourcent au court des 8 premier mois de l’année 2016[6]. A ces problèmes s’ajoutent également le problème de surévaluation de la monnaie égyptienne et le surinvestissement de l’armée dans le secteur économique. L’aide financière des Occidentaux et des pays du Golfe représentait une opportunité inédite de commencer des réformes de fonds du système. Cette aide étrangère n’a malheureusement pas été ressentie par la population égyptienne.

La situation économique est devenue insupportable pour la société égyptienne et contribue à engendrer une nouvelle crise politique. Les Égyptiens sont à bout et de nouvelles constations à l’encontre du régime ne sont qu’une question de temps. Une démonstration publique est d’ailleurs prévue le 11 novembre à Alexandrie, un évènement d’ors et déjà appelé la « révolution des pauvres ». De plus, Sissi est de plus en plus marginalisé politiquement sur la sphère internationale. Avec les rapports signalisant de nombreuses violations des droits de l’homme, les Occidentaux commencent à se demander s’ils n’ont pas parié sur le mauvais cheval, et craignent un nouveau soulèvement [7]

De nombreuses réformes sont nécessaires pour que l’Egypte sorte de cette période de crise, des réformes que le gouvernement actuel n’a pas la volonté de mettre en œuvre. Celui-ci ne dispose en effet pas de la popularité et la volonté nécessaire que pour les mettre en œuvre.

Par Chloé de Radzitzky.

Liens et sources utiles

[1]http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/10/17/en-egypte-la-colere-d-un-chauffeur-de-tuk-tuk-devenu-symbole-de-la-crise_5015311_3212.htm

[2] https://www.middleeastmonitor.com/20161020-the-beginnings-of-a-collapsing-regime-in-egypt/

[3] http://www.worldbank.org/en/country/egypt/overview#1

[4] http://www.aljazeera.com/programmes/insidestory/2016/10/egypt-facing-crisis-161023174823446.html

[5] http://www.economist.com/news/middle-east-and-africa/21703393-egypt-has-squandered-billions-dollars-aid-more-way-it

[6] https://www.middleeastmonitor.com/20161026-official-data-suez-canal-revenues-fall-by-2-1-in-8-months/

[7] https://www.middleeastmonitor.com/20161020-the-beginnings-of-a-collapsing-regime-in-egypt/

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