Une analyse rétrospective des différentes phases de l`Histoire de l’Algérie montre finalement que la construction de l’état algérien est un processus millénaire et qui n’en finit pas de se dérouler.

Il existe un consensus parmi les historiens que Massinissa a été assurément le premier architecte d’une conscience politique nationale matérialisée par l’établissement d’un État, au sens où on l’entend aujourd’hui, pour faire face aux ruptures géopolitiques introduites en Méditerranée par Rome dans ses conquêtes récurrentes d’espaces vitaux.

Il en a établi les prémices en choisissant Cirta, une ville naturellement sécurisée, comme capitale, en se dotant d’une armée, et d’institutions.

Cette esquisse, même annihilée par les romains, à l’avènement de Jugurtha, fut, je dirais naturellement poursuivie, six siècles plus tard par Youcef Ibn Tachfine et Abdelmoumène Ibn Ali dans la ligne de la construction de l’époque des dynasties berbères Almoravide puis Almohade.

A l’instar d’une bâtisse vacillante sous les effets des glissements de terrain, l’État algérien, dans sa forme originelle, c’est-à-dire jeune, inachevé, et vraisemblablement sans appui similaire dans la région fut sans cesse la cible des menaces extérieures. C`est ainsi que fut appelé à la rescousse l’empire ottoman pour contrer les velléités française, anglaise, espagnole, et portugaise, ces prédateurs naissants de la Méditerranée.

Quel héritage institutionnel laissèrent les Turcs à la veille de la colonisation de notre pays par les armées françaises et après plus de trois siècles de présence dans notre pays ?

Sous quelle perspective faut-il revoir la présence des Turcs en Algérie ? Une réponse objective ne peut être donnée, nous semble-t-il, sans la nécessaire comparaison avec d’autres pays musulmans, tant l’occupation d’un pays obéit toujours à une stratégie prédéfinie et souvent doctrinale.

Quel que soit l’héritage institutionnel laissé – ou détruit ? – par les Turcs, la colonisation française, insérée dans des objectifs avoués – aura détruit sans relâche pendant plus d`un siècle l`humus civilisationnel, culturel et institutionnel de notre pays, résultat d`une concaténation d’expériences plusieurs fois millénaire.

Karim Younes.

*Extrait du premier livre de Karim Younes, ancien ministre algérien, « De la Numidie à l’Algérie, grandeurs et décadence », Casbah-éditions, 2011.