Bien avant la Tunisie, le statut d’« allié majeur non-membre de l’OTAN », a déjà été accordé à trois pays arabes, l’Égypte, Bahreïn et le Maroc, l’objectif avoué est de permettre aux pays concernés d’avoir accès à une coopération militaire renforcée avec les Etats-Unis singulièrement. A regarder de près, cette coopération est réduite à sa simple expression, la vente d’armements.

Il faut rappeler que ce statut est le corolaire de l’initiative de coopération qui a mené l’OTAN en Méditerranée. Connue sous le label de « Dialogue Méditerranéen », l’initiative a été lancée en 1994 et ne concernait au départ qu’un nombre limité de pays méditerranéens : l’Égypte, Israël, le Maroc, et la Mauritanie. Très vite ces pays seront rejoints par la Tunisie et la Jordanie en 1995, suivi 5 ans plus tard par l’Algérie en 2000. « Le problème est que l’OTAN fonctionne comme l’Union Européenne, sur une base bilatérale OTAN+1, la configuration OTAN+7 est quasiment inexistante. Il s’agit d’un rapport de dominant/dominé. » Précise Lila Haddad, journaliste accréditée auprès de l’OTAN et spécialiste des questions euro-méditerranéennes.  Et d’ajouter « Le contrôle de l’OTAN de ces pays est pensé de manière à passer outre toute concertation horizontale et l’intervention de l’OTAN en Libye en est un exemple édifiant»

Après les évènements du 11 septembre 2001, le Dialogue Méditerranéen s’est orienté progressivement vers une coopération antiterroriste « Le paradoxe est que l’intensification de la présence de l’OTAN dans les pays de la région a permis une intensification des actes terroristes » rétorque Lila Haddad.

S’agissant de la Tunisie, Lila Haddad voit en ce « privilège » offert par l’organisation atlantique, un cadeau empoisonné pour la Tunisie d’abord, pour le Maghreb globalement et pour l’Algérie singulièrement. « C’est une manière de dire à l’Algérie : Libre à toi de t’entêter à privilégier la coopération militaire avec les Russes, tu es cernée ! Les États Unis cernent l’Algérie par le sud, la Mauritanie, premier pays maghrébin à adhérer au Dialogue Méditerranéen de l’OTAN, elle passera bientôt au statut d’allié majeur. Par l’Ouest, le Maroc qui bénéficie déjà du statut d’allié majeur et enfin à l’Est, la Tunisie nouvelle alliée et par le Nord, l’armada atlantique », et d’ajouter « La Méditerranée a été de tout temps un enjeu mondial et toutes les grandes puissances savent que s’ils contrôlent la Méditerranée, ils contrôlent le monde » conclut-elle.

Il n’a certainement pas été très difficile de convaincre la Tunisie de renforcer sa coopération avec l’OTAN. Le Président tunisien, Ahmed Mestiri Beji Caid Essebsi, s’est déclaré encore récemment, très préoccupé par la situation en Libye et ses conséquences sur l’économie et la sécurité de la Tunisie, un pays dont les principales recettes de sa balance commerciale, proviennent de son industrie touristique.

L’OTAN, c’est d’abord les Américains et ils ne comptent pas abandonner le leadership ni aux Russes ni aux Chinois ni même à leurs alliés naturels, les européens. Les Américains autour desquels s’articulent et gravitent toutes les initiatives, visent à faire de la Méditerranée arabe un espace de pays dominés, dépendants et dociles.

CNP NEWS