Par Zoheir Rouis

Dans leur longue marche vers l’instauration d’une dictature, Bouteflika et ses acolytes, après avoir de nouveau trituré la Constitution, ont décidé de légaliser l’autoritarisme pour mieux briser le pays, toute vigie, toute voix discordante et toute opposition à leurs desseins.

User et abuser de tous les coups bas, de tous les subterfuges et des fraudes contre la liberté d’expression et la volonté populaire ne leur suffit plus.

Les voilà donc opter pour le démontage de tout espace de liberté en faisant avaliser par une APN de faux députés aux ordres une série de lois liberticides destinées à instaurer légalement l’autoritarisme.

Il en est ainsi de la nouvelle loi électorale qui édicte que pour se présenter aux élections, communales comme législatives, il faut avoir obtenu un minimum de 4% de suffrages exprimés lors des dernières élections. Ces mesures sont prises pour sanctionner l’opposition et renforcer les partis du pouvoir et sa propre opposition ! Sinon comment apprécier ce seuil de 4% ?

Et c’est tout à fait un hasard si lors des dernières législatives de 2012, seuls le FLN, le RND et l’Alliance verte ont dépassé ce seuil de 4%, avec respectivement 14.18% des suffrages exprimés, 5.61% et 5.09%. Pour les communales de 2012, là aussi on retrouve les partis du pouvoir et son opposition : FLN, RND, MPA, puis le PT et le FNA, avec respectivement, 26.30% des voix, 21.22%, 6.18%, 4.50% et 4.09%.

Quant à ceux qui n’ont pas participé aux élections précédentes ou qui ont eu des résultats inférieurs à ce seuil de 4%, on leur prévoit une fausse ouverture qui leur permettrait de présenter des listes à condition de justifier de signatures de citoyens. Or, tout le monde sait ce que cela veut dire en termes d’authentification des signatures et d’acceptation de celles-ci. C’est le même dispositif dit des parrainages qui existe pour les élections présidentielles et dont le régime se sert à souhait pour éliminer des concurrents de l’opposition avec la complicité du Conseil Constitutionnel mais aussi des autorités locales qui usent de toutes les ruses possibles et de toutes les pressions pour décourager les plus motivés des citoyens qui veulent donner leur parrainage à un parti d’opposition.

In fine tout ceci n’a d’autre objectif que de bloquer toute opposition, toute contestation et toute alternative à ce régime prédateur, la fraude étant désormais organisée dans le cadre d’un dispositif légal de blocage démocratique.

La dernière fumisterie dans ce sens est la Haute instance indépendante de surveillance des élections. Alors que l’opposition demandait la création d’une instance d’organisation et de surveillance des élections composée des partis, voilà que l’on instaure une instance composée de 410 membres, tous nommés par le Président,  à parité de magistrats  proposés par la Cour suprême de la magistrature et de compétences indépendantes choisies parmi la société civile. Or, tout le monde sait que le président de la Cour Suprême est nommé par le président de la République et que les compétences indépendantes qui peuplent la « société civile » du régime ne sont autres que ces parasites de toujours issus des organisations dites pompeusement de masse comme UGTA, UNFA, UNPA, UNJA, et autres …

Et comme cela n’est pas suffisant pour annihiler toutes velléités démocratiques, on s’attaque dans le même temps aux médias privés indépendants qui refusent l’asservissement, eux qui constituent avec le multipartisme le dernier bastion de résistante démocratique hérité des révoltes d’Octobre 88.

C’est ainsi qu’on frappe méthodiquement les TV et les journaux pour mieux les faire plier et qu’on instrumentalise la justice pour briser les voix libres. Le cahier des charges portant « encadrement » de l’activité audiovisuelle n’est, dans ce contexte, qu’un outil de plus destiné à légaliser le démontage de la liberté d’expression par l’insertion de dispositions politiques liberticides à l’exemple de cette injonction / menace qui indique que les programmes des TV privées doivent veiller à «proscrire toute offense, toute parole outrageante, injurieuse ou diffamatoire à l’encontre du président de la République ou de l’institution représentée par ce dernier».

Dans sa course folle vers l’instauration de sa dictature, le régime a naturellement bien pris soin de bâillonner également ces anciens parrains devenus gênants en adoptant une loi réduisant au silence les généraux retraités de l’ANP.

Et ce n’est pas fini puisque le ministre de l’intérieur nous annonce déjà de nouvelles lois sur les réunions et manifestations publiques et de nouveaux codes de wilaya et des communes !

Tous ces dispositifs montrent à l’évidence que le régime a non seulement aucunement l’intention d’organiser une transition vers un État de droit mais que bien au contraire il pose de manière méthodique et résolue les bases de la mise sous scellés des rares espaces de liberté et sous mandat de dépôt toute voix libre contestataire.

Toute cette agitation est en réalité l’expression manifeste d’une perte d’autorité et de contrôle du régime. En effet, plus il prend conscience du fait qu’il se fragilise et se lézarde, et plus il se recroqueville sur lui-même, s’isole davantage et se barricade en érigeant autour de lui son mûr de Berlin pour mieux se raconter des histoires quant à son autorité et à sa maîtrise de la situation.

Ce faisant, dans sa course effrénée vers l’abime, le régime a asséché le pays et compromis ses chances de développement en gaspillant plus de 1 000 milliards de dollars avant de le livrer dans les quelques mois à venir à l’endettement extérieur, aux ruptures de stocks sur les biens de consommation courante, à l’inflation galopante, aux dépôts de bilan des rares entreprises privées qui produisent sur place et à la mise au chômage de pans entiers de la population, avant que les soubresauts d’une jeunesse excédée et acculée soit à la hogra soit à la harga ne viennent y mettre un terme dans des conditions dont Dieu Seul connait à ce jour l’ampleur et les conséquences. Déjà que la rue gronde de manière récurrente depuis plusieurs mois de façon visible et assourdissante malgré la répression …

Alors que faire ?

D’abord, l’opposition, dont certains membres pourraient être tentés par le partage du pouvoir dans une fumisterie de négociation, doit refuser de cautionner ce verrouillage démocratique en participant aux élections traquenards de ce régime. Elle sauvegarderait sa cohésion, son honneur et sa crédibilité.

Par ailleurs, l’opposition démocratique a tout intérêt, et en toute responsabilité, à se préparer à présenter une alternative solide au régime et au chaos qu’il organise, à travers un projet de société consensuel, crédible et largement partagé avec les citoyens.

Enfin, et comme la sauvegarde du pays ne peut être le privilège exclusif des partis et des associations et de leurs militants, il est du devoir et de la responsabilité de chaque algérienne et de chaque algérien de résister, de dénoncer et de s’engager dans la sauvegarde du pays. C’est ainsi que les peuples opprimés se sont libérés du joug de leurs dictateurs-destructeurs et ont repris le destin de leur pays. L’engagement citoyen est plus que jamais exigé !

Z.R.