Par Mohamed Benchicou

La précision du journal Le Monde à la « protestation algérienne » ne manque pas de cette perfidie propre aux grands esprits et au moyen de laquelle ils enfoncent plus qu’ils ne réhabilitent le protestataire. Qu’écrit donc Le Monde ?  « Précision : contrairement à ce que la photo en ‘une’ du Monde daté du 5 avril (édition imprimée) a pu laisser croire, le nom du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, n’apparaît pas dans les « Panama papers ». Ce sont des proches du chef de l’État qui sont soupçonnés d’avoir détourné une partie des ressources du pays, comme le relève l’article ci-dessus, paru en page 7 du quotidien ».

Ce n’est donc pas le Président qui est accusé, ce sont des « proches à lui » qui auraient « détourné une partie des ressources du pays »…durant ses mandats. Tout est dit.

Il est tout à fait inimaginable que des actes de prédation de l’ampleur de ceux qui ont touché Sonatrach ou l’autoroute Est-Ouest, aient pu se produire, avec récurrence, sans que la présidence de la République n’en soit informée. Pourquoi avoir laissé faire ? S’il est encore trop tôt pour parler de complicité, on peut, en revanche, noter des responsabilités avérées du chef de l’État dans la vague prédatrice qui a secoué le pays.

D’abord ce fait troublant. Dès l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, en 1999, Sonatrach sera gérée, durant 4 ans, par Khelil lui-même et seulement par lui. Le PDG de la société est limogé sans qu’un remplaçant ne soit désigné ! Sonatrach sera administrée « par le haut », dans l’opacité, en vase-clos, comme une caisse noire.

Bouteflika a fait en sorte que la question pétrolière ne fasse jamais l’objet de débat ni de concertation. En plus de limoger le PDG sans le remplacer, le nouveau président dissout le Conseil national de l’énergie, créé en 1995 sous la présidence de Zeroual, « chargé d’assurer le suivi et l’évaluation de la politique énergétique nationale à long terme, de façon à garantir l’avenir énergétique du pays ». Cette instance présidée par le chef de l’État et composé des ministres de l’Énergie, de la Défense, des Affaires étrangères et des Finances, ne s’est plus réunie depuis 1998.

Qui vend le pétrole ? Où va l’argent ? Qui profite des contrats ?

II suffit d’observer le fonctionnement de Sonatrach pour relever l’absence totale de contrôle a priori et a posteriori. L’opacité et le secret qui entourent ces contrats ainsi que les permis de recherche et d’exploitation sont mieux gardés que ceux des contrats d’armement.

Ensuite, la totale protection de Khelil. « Je ne suis rien à côté de Chakib Khelil, à qui je ne pouvais rien refuser : il jouissait de la protection du n° 1 (…) Je n’ai fait qu’exécuter les ordres de Chakib Khelil ». La déclaration est de Mohamed Meziane, ex-président-directeur général de Sonatrach. Aveux faits devant des enquêteurs après l’éclatement de l’affaire Sonatrach en 2010. Le n°1 évoqué par Mohamed Meziane n’est autre que le président Abdelaziz Bouteflika lui-même.

C’est le président qui a couvert le scandale de la société mixte algéro-américaine, Brown and Root Condor (BRC) à qui Chekib Khelil avait confié, illégalement, vingt-sept projets pour un montant se chiffrant à plusieurs milliards de dinars. Bizarre ! Vous avez dit bizarre ? L’avenir le dira.

Reconnaissons, toutefois, que cela mérite bien une photo dans Le Monde.

Mohamed Benchikou