Je vous invite à vous référer à mon premier papier le-complot-de-sid-kaci, qui est un commentaire écrit à chaud à la veille des élections présidentielles du 14 avril 2014. Vous y lirez le commentaire d’un internaute dénommé : «C’est censé être quoi ce truc, un scenario de film ? Si c’est pour un film ça va, il est bon. Manque juste les extra-terrestres et on aura un bon film de science-fiction». Hélas, il ne s’agit plus d’une fiction puisque les principales prédictions se sont réalisées: la réélection d’un androïde sur chaise roulante qui s’adresse à son peuple par l’intermédiaire de messages que d’autres écrivent et lisent, la baisse des prix du pétrole, la guerre non déclarée au niveau de l’institution militaire, l’immunité accordée à Chakib Khelil et à d’autres hommes politiques malgré les montants astronomiques détournés. J’avoue que la triste réalité dépasse de loin le scénario «complotiste» que j’ai imaginé ce jour du 06 avril 2014, même s’il n’y a pas d’extra-terrestre, en dehors du Président.

Il y a toutefois deux phrases importantes dans ce papier qui restent d’actualité.

« Quand l’argent du pétrole ne suffira plus à acheter la paix sociale, la violence s’installera dans nos rues … Cette fois ci, l’armée qui ne pourra plus dire ‘je ne savais pas’ aura à subir toutes les conséquences » d’un printemps algérien.

I- De quand date la feuille de route de destruction de l’Algérie

Il y a une vingtaine d’années, il n’y avait pas un seul milliardaire en Russie. Aujourd’hui, la Russie est une pépinière de richissimes hommes d’affaires. Ces personnages sont, pour la plupart, d’anciens oligarques qui ont amassé leur fortune durant la période de la Perestroïka des années 1990, lorsque Boris Eltsine bradait les biens de l’Etat , notamment les actifs de l’industrie pétrolière russe.

A cette époque, nos décideurs corrompus , peu nombreux , se contentaient de rétrocommissions sur les grands marchés du secteur public et de dividendes versés par leurs protégés du secteur privé. On se souvient du scandale du gazoduc Transmed qui avait défrayé la chronique durant l’été 1993, mettant en cause des personnalités politiques italiennes et algériennes au sommet de l’Etat (scandale_gazoduc).

La mafia algérienne se renforce progressivement à la faveur de la privatisation du secteur public initiée par le gouvernement de Chadli. Ses membres les plus influents, les faiseurs de rois comme le cardinal de Frenda, lorgnent du côté de la dénationalisation du secteur pétrolier qui a profité aux oligarques russes. Certains se voient déjà actionnaires de Sonatrach, un moyen de s’enrichir rapidement et légalement sans avoir à blanchir l’argent sale amassé par la corruption.

Le défi était de taille car Il fallait trouver les conditions idoines (comme en Russie sous Boris) permettant de brader le pays sans que la société civile ne réagisse. La prison, les menaces de mort, la terreur des bombes et l’assassinat de ceux qui parlent vrai sont venus à bout de cette fierté des hommes du devoir qui gênent l’accomplissement de desseins mafieux. Lorsque Boudiaf adresse des commissions rogatoires à des Etats étrangers pour identifier les fortunes illégales de certains décideurs en 1992, la mafia passe à l’action en le faisant assassiner de manière théâtrale, avec retransmission en direct à la télévision.

C’est à partir de cet événement tragique qu’on peut dire que la communication transcendantale des décideurs de l’ombre va marquer et même modeler la forme de pensée du citoyen lambda algérien, déjà pré-conditionnée par l’école, la terreur et la mosquée des salafistes.

L’Algérie meurtrie par des années de souffrance devient le pays des paradoxes où tout devient possible, même l’inimaginable. La mafia a atteint son objectif : le peuple algérien hier fier et rebelle accepte aujourd’hui comme une fatalité tout ce que des moins-que-rien lui dictent. En 1994, la mafia des décideurs de l’ombre fixe son choix sur Bouteflika qu’elle sollicite pour assumer les fonctions de Président de la République. Bouteflika refuse une première fois avant d’accepter l’offre en 1999. La mafia pensait atteindre ses objectifs à travers cet homme politique aux idées libérales, épinglé par la Cour des Comptes en 1983, qui a failli être condamné pour détournement de fonds publics. Mais, c’est mal connaître le personnage et surtout ceux à qui il rend compte.

Bouteflika n’est pas seulement un délinquant de haut vol recruté par des factions mafieuses du pouvoir de l’ombre pour satisfaire leur appétit insatiable pour l’argent, c’est hélas avant tout un marocain chargé de mission qui va tout faire pour mettre à genoux la nation algérienne.

Durant ses mandats, il met en œuvre un plan diabolique pour détruire progressivement l’économie du pays et détourner des milliards de dollars qui vont alimenter les comptes à l’étranger de la mafia algérienne. Pour arriver à ses fins, il s’entoure de responsables civils et militaires peu recommandables mais dévoués à sa cause, souvent des hommes de sa tribu. Il crée tout un vivier de ministres, sénateurs et autres qu’il renouvelle fréquemment en fonction de leur niveau d’allégeance. Il promulgue la dissolution de toutes les structures de contrôle, de réflexion et de planification dans les domaines politiques, économiques et militaires et s’assure du contrôle total de la communication de masse.

Avec l’effacement des institutions, Il instaure une économie de bazar et transforme l’Algérie en un véritable souk alimenté par des milliers de conteneurs qui, pour la plupart, transitent par les pays du golfe pour être exemptés de taxes douanières.

Pour le support technique, il fait appel à une expertise internationale panachée en kamis et col blanc qu’il injecte dans les circuits d’importation, au niveau des terminaux à conteneurs et des circuits financiers. Des centaines de sociétés privées étrangères vont apporter leur appui logistique et faciliter le transfert illicite de devises à l’étranger, notamment par le biais de la surfacturation. Les porteurs de valise avec couvert diplomatique, les transferts électroniques de fonds et les sociétés écrans remplacent les sacs poubelles de Khalifa Bank. Un seul bémol, il manque un port en eau profonde près d’Alger pour réceptionner les gros porte-containers qui vont booster les importations en provenance d’Asie.

La rente générée par une hausse inespérée des prix du pétrole lui donne les moyens d’arroser toutes les classes de la société algérienne et de nourrir au biberon des subventions un peuple qu’il a plongé dans une profonde léthargie. Il attribue des salaires mirobolants aux ministres, généraux, sénateurs, députés et fait élire un voleur notoire à la tête du parti majoritaire pour légiférer à sa guise, à coup de décrets, sous le regard approbateur des décideurs de l’ombre. Il veille à nommer lui-même des personnes dévouées aux postes clefs des entreprises importantes et des institutions. Il déplafonne leurs salaires, une façon d’entretenir leur allégeance. Pour les autres, tout le monde y trouve son compte, l’administration qui organise la prise en charge des pèlerinages pour la nomenklatura et la répartition des tchipas, les responsables des syndicats qui détournent les fonds des œuvres sociales des travailleurs sans oublier le secteur privé qu’on invite à payer le bakchich pour éviter l’impôt. Il ne faut pas oublier le football, sport roi en Algérie. Qu’à cela ne tienne, on autorise le recrutement de footballeurs et d’entraineurs étrangers avec des salaires mensuels de plusieurs millions de dinars transférables en devises et on demande aux sociétés nationales de payer des rémunérations «hors échelle» à certains joueurs.

L’Algérie n’est plus un Etat de droit, il n’y a aucune forme de démocratie car Bouteflika a su inscrire aux abonnés absents l’opposition de façade et embarquer toutes les institutions dans un train pour l’enfer. Lancée sur une voie sans issue, sa gouvernance est jalonnée d’actes de trahison envers l’Algérie qui n’ont pas été révélés au grand public, mais tout le monde connait au moins l’épopée de la loi sur les hydrocarbures qui devait consacrer le retour au système des concessions et permettre à certains membres du cabinet qui l’ont coopté de devenir légalement riches et de sortir de l’ombre.

Il faut se rappeler que Bouteflika avait, en 1999, déclaré en présence de Sidi Saïd : « Il y a une chose à laquelle vous n’allez pas échapper : la privatisation de Sonatrach». Chakib Khelil a confirmé cet objectif en présence du PDG Bouhafs, du syndicat de Sonatrach et de l’ensemble des cadres supérieurs de Sonatrach. Il disait avec un sourire narquois : «c’est dans votre intérêt, vos salaires vont augmenter ».

Il en fait une priorité durant son premier mandat et réussit à imposer ce fameux projet de loi sur les hydrocarbures, conçu et rédigé à Washington, destiné à priver le peuple algérien de ses ressources non renouvelables. Les rares membres du régime qui se sont opposés (notamment Noureddine Yazid Zerhouni) n’ont pas réussi à empêcher le vote de cette loi en 2005 qui allait privatiser le secteur national des hydrocarbures et constituer un grave précédent au sein de la communauté des pays exportateurs de pétrole. L’Algérie doit son salut à l’exorciste Hugo Chavez, Président du Venezuela (Membre fondateur de l’OPEP), qui s’est déplacé à Alger pour dénoncer cette loi démoniaque votée par un parlement envouté.

Un autre fait avéré, c’est son soutien au plan de destruction du système éducatif initié par ses prédécesseurs qui obéissaient au même cabinet noir. La preuve est apportée par la mise au rancart des réformes proposées par la Commission Benzaghou qu’il a lui-même installée. Sa seule concession dans ce domaine a été d’autoriser une classe privilégiée à contourner l’école publique investie par le prosélytisme salafiste. Des centaines d’écoles et lycées privés sont agréés, comme pour préparer l’exode des nantis et des membres de la nomenklatura du régime. A ce sujet, savez-vous que l’Etat prend en charge les frais de scolarité des enfants des «gradés» inscrits dans ces institutions privées ?

Les salafistes qui voient d’un bon œil le programme de Bouteflika observent une trêve depuis son arrivée au pouvoir. En échange, ils sont pleinement associés aux marchés de l’import-import formels et informels où ils excellent grâce à leurs réseaux internationaux. Ils espèrent un jour hériter des ruines de la société algérienne qui commence à être façonnée dans le respect de leur idéologie wahhabite. Ils se sont investis massivement dans l’endoctrinement des écoliers pour préparer les recrues de demain. Rappelez-vous, durant la décennie noire, l’école apprenait aux enfants de six ans comment laver un mort et l’envelopper dans son linceul. Les livres scolaires contenaient des images représentant des têtes décapitées sur les pieux des cavaliers victorieux au moment où le GIA offrait le même spectacle dans certains quartiers d’Alger. C’est connu, l’Algérie a été le premier champ d’expérimentation de ceux qui allaient créer plus tard le Daech.

Quel est le bilan du système éducatif ? En 2016, l’épreuve de la charia est toujours obligatoire au Bac. L’école est sinistrée à tel point qu’il faudrait une révolution et des décades de réformes pour la remettre sur les rails du XXIe siècle. Un journaliste a avancé la curieuse théorie selon laquelle la suppression des langues étrangères dans l’enseignement des sciences a pour but de prémunir nos enfants contre la dépravation du monde occidental. A ce sujet, Il serait intéressant de savoir ce que pensent les professeurs universitaires du premier cycle lorsqu’ils se rendent compte qu’ils parlent dans le vide en voyant le regard absent de la plupart des nouveaux bacheliers. Quand on voit que les responsables de ce gâchis se soignent en France alors que le peuple crève dans les hôpitaux-mouroirs, on est forcé de croire que c’est un sabotage motivé par la volonté de nous humilier et de nous punir et cela n’a absolument rien à voir avec le risque de dépravation. (A suivre)

Sid Kaci